Evreux

Évreux : élections annulées, guerre des communiqués… et les Ébroïciens dans tout ça ?

Le tribunal administratif annule les municipales, Guy Lefrand saisit le Conseil d’État, Samuel Brigantino revendique une victoire judiciaire. Les déclarations s’entrechoquent, les accusations fusent. Mais au milieu de cette nouvelle bataille politique, une question demeure : quand les élus vont-ils enfin retrouver la hauteur que les Ébroïciens sont en droit d’attendre ?

 

ÉVREUX, le 8 octobre 2026. Cent bulletins temporairement soustraits au regard du public lors d’un dépouillement, une élection municipale annulée, un maire sortant stupéfait et un adversaire qui affiche sa satisfaction. À Évreux, le feuilleton politique connaît un nouvel épisode explosif.

Le tribunal administratif de Rouen a décidé d’annuler les élections municipales des 15 et 22 mars 2026. En cause : une irrégularité dans les opérations de dépouillement, susceptible d’avoir modifié la répartition de certains sièges au conseil municipal.

Attention toutefois : le tribunal n’a pas établi que le résultat donnant Guy Lefrand en tête avait été inversé, ni démontré une fraude intentionnelle. La décision porte sur la régularité des opérations électorales et leurs conséquences possibles sur la composition du conseil.

Lefrand contre Brigantino : la bataille des mots est lancée

D’un côté, Guy Lefrand dénonce une décision qui le stupéfie et annonce saisir le Conseil d’État. Il défend la légitimité de son élection, acquise avec 34,58 % des suffrages et 520 voix d’avance sur Samuel Brigantino.

De l’autre, Samuel Brigantino salue la décision judiciaire et lance une attaque frontale contre le maire sortant : « Même quand on est Guy Lefrand, on n’est pas au-dessus des lois. »

Deux communiqués. Deux lectures radicalement différentes. Et une même bataille politique qui se poursuit désormais sur le terrain judiciaire.

Mais pendant que les deux hommes défendent leurs positions, une question mérite d’être posée : quelle place reste-t-il pour les préoccupations quotidiennes des habitants dans cet affrontement ?

Les Ébroïciens attendent autre chose qu’un concours de déclarations

Car derrière les chiffres, les recours et les formules politiques, il y a une ville.

Une ville avec ses finances, ses commerces, ses quartiers, ses associations, ses services publics et ses projets à mener.

Une ville où les habitants peuvent légitimement attendre de leurs représentants autre chose qu’une succession de passes d’armes.

Le droit de contester une élection est fondamental. Le droit de faire appel d’une décision de justice l’est tout autant. Mais ces deux droits n’empêchent ni le respect mutuel ni la responsabilité politique.

Être élu, ou aspirer à le devenir, ne devrait pas transformer chaque événement judiciaire en nouvelle occasion de régler ses comptes.

Un scrutin annulé, mais pas encore le dernier mot

Le tribunal a considéré que l’irrégularité concernant une centaine de bulletins pouvait avoir une incidence sur la répartition proportionnelle des 21 sièges restants, sans remettre en cause l’attribution des 22 sièges à la liste arrivée en tête dans son analyse.

Guy Lefrand entend faire examiner cette décision par le Conseil d’État. La procédure n’est donc pas terminée.

Pendant ce temps, le maire affirme que le travail municipal continue. Samuel Brigantino appelle, lui, à un rassemblement autour d’un projet de changement.

Ces deux engagements méritent désormais d’être confrontés à des propositions précises et à des actes.

Et si la véritable urgence était de retrouver de la hauteur ?

Il serait trop facile de réduire cette affaire à un duel entre un maire qui refuse de céder et un opposant qui réclame le changement.

Le véritable enjeu dépasse leurs deux personnes.

Les Ébroïciens ont besoin de comprendre ce qui s’est passé dans ce bureau de vote, pourquoi cette irrégularité a conduit à une annulation et quelles seront les conséquences de la procédure.

Ils ont également besoin de savoir comment les affaires municipales seront conduites dans cette période d’incertitude.

La justice doit pouvoir travailler sereinement. Les élus doivent pouvoir défendre leurs droits. Mais Évreux ne peut pas disparaître derrière leurs affrontements.

Car les électeurs ne se sont pas déplacés aux urnes pour assister à une guerre permanente de communiqués. Ils ont voté pour être représentés et pour que leur ville avance.

Le dernier mot doit revenir à l’intérêt général

Que le Conseil d’État confirme ou infirme l’annulation, cette séquence laisse une exigence intacte : celle de la transparence, de l’exemplarité et du respect des institutions.

Guy Lefrand et Samuel Brigantino ont chacun exposé leur position. À présent, au-delà de leurs désaccords, les habitants sont en droit d’attendre des réponses concrètes.

À Évreux, la politique ne devrait pas se résumer à savoir qui aura le dernier mot. Elle devrait d’abord servir à savoir qui apporte des réponses aux habitants.

Et dans cette bataille où chacun invoque les Ébroïciens, il serait temps que leurs préoccupations reprennent toute leur place.

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