90 km/h dans l’Eure : le tribunal administratif de Rouen rejette la demande de suspension des associations cyclistes
Le tribunal administratif de Rouen a débouté, ce lundi 11 mai 2026, plusieurs associations qui réclamaient le retour à 80 km/h sur les routes départementales de l’Eure. Motif invoqué : un « défaut d’urgence », la dangerosité accrue pour les cyclistes n’étant pas jugée « grave et immédiate ».
C’est une décision qui fait réagir les défenseurs de la sécurité routière. Saisi par plusieurs associations, dont la Ligue contre la violence routière et l’association La Petite cyclote, le tribunal administratif de Rouen a rejeté leur demande de suspension des arrêtés pris par le département de l’Eure rétablissant la limitation de vitesse à 90 km/h sur la majorité des routes départementales, hors agglomération.
Un relèvement contesté depuis février
Le 9 février 2026, le président du conseil départemental de l’Eure, Alexandre Rassaërt, a signé 324 arrêtés portant le retour à 90 km/h sur des sections du réseau routier départemental, contre 80 km/h auparavant. Une mesure justifiée par le département comme un « gain de temps pour les usagers » et un « alignement sur les pratiques des départements voisins ».
Entre le 6 avril et le 6 mai 2026, les associations requérantes ont demandé la suspension de ces décisions, arguant que « le relèvement de la vitesse maximale de 10 km/h sur les routes départementales va en augmenter la dangerosité pour les cyclistes qui les empruntent ».
Le tribunal oppose un « défaut d’urgence »
Dans son ordonnance rendue ce lundi, le tribunal administratif de Rouen estime que la condition d’urgence prévue par l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie. Les juges relèvent que le passage à 90 km/h n’établit pas, « avec certitude, une augmentation des dangers pour les cyclistes empruntant ces voies ».
La juridiction ajoute : « Il n’y a, en l’état du dossier, aucune atteinte grave et immédiate à l’intérêt public de sécurité routière, ni aux autres intérêts invoqués par les requérants, et notamment la liberté d’aller et venir à vélo. »
« C’est regrettable que la justice ne sanctionne pas cette mesure », a réagi Philippe Vayssette, représentant de la Ligue contre la violence routière en Normandie. « Il a été démontré scientifiquement que les routes à 90 km/h font plus de morts qu’à 80. La limitation à 80 km/h est une mesure de protection des vies. Le tribunal estime qu’il n’y a pas d’urgence ? C’est difficile de démontrer des choses aussi évidentes. »
Un recours au fond toujours en cours
Si la suspension a été refusée, l’affaire n’est pas terminée pour autant. Le tribunal administratif de Rouen précise que « la légalité de ces arrêtés sera examinée ultérieurement par une formation du tribunal statuant collégialement ». Autrement dit, le juge des référés n’a pas statué sur le fond.
« Jusqu’ici, on a gagné toutes les procédures qu’on a engagées, preuve que cette mesure du département de l’Eure est illégale », a assuré Philippe Vayssette, rappelant que la Ligue contre la violence routière avait obtenu, le 14 avril 2026, l’annulation d’arrêtés similaires dans le Calvados et l’Orne, à compter du 15 juin 2026.
Un contentieux qui s’inscrit dans une bataille nationale
Ce nouveau rebond judiciaire illustre les tensions persistantes autour des limitations de vitesse sur les routes secondaires. Depuis l’abaissement à 80 km/h décidé en 2018 sous le gouvernement Édouard Philippe, plusieurs départements, souvent dirigés par des élus locaux de droite, ont multiplié les initiatives pour revenir aux 90 km/h, provoquant une cascade de recours de la part des associations de sécurité routière.
Reste à savoir si, sur le fond, le tribunal administratif de Rouen suivra la logique de son homologue de Caen. En attendant, les automobilistes de l’Eure peuvent continuer à circuler à 90 km/h sur les axes concernés. Les cyclistes, eux, devront patienter jusqu’à l’examen au fond pour espérer un retour à une vitesse jugée par eux moins meurtrière.
Partager :
- Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
- Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
- Envoyer un lien par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre) E-mail
- Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
- Partager sur Telegram(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Telegram
- Partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre) WhatsApp
- Partager sur Mastodon(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Mastodon
- Partager sur Threads(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Threads
- Partager sur Bluesky(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Bluesky
Articles similaires
Hantavirus : 42 jours d'angoisse
Vous aimerez aussi
Évreux : la rue de l’Horloge et le square Delaunay rénovés
juin 28, 2025
Le groupe Buckaroo Banzaï présente son EP « The Rise of Allan Quatermain »
mars 30, 2024