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Transition écologique : le grand mensonge vert mis à nu ?

    Et si nous nous trompions de combat ? Alors que l’Europe suffoque sous les vagues de chaleur et que les émissions mondiales continuent de grimper, une étude de recherche publiée par le FMI vient sérieusement bousculer un dogme installé depuis plus de trente ans : celui d’une transition écologique capable de remplacer progressivement les énergies fossiles par des énergies propres.

Le problème ? Les énergies renouvelables progressent… mais les hydrocarbures ne disparaissent pas. Pire : la consommation énergétique mondiale continue d’augmenter.

Les énergies propres montent… et les fossiles restent

Depuis les années 1990, la stratégie paraît simple : investir dans les renouvelables, améliorer l’efficacité énergétique, électrifier les usages et faire reculer progressivement le pétrole, le gaz et le charbon.

Sur le papier, la mécanique semble implacable.

Dans les faits, elle patine.

Les renouvelables représentaient environ 3,13 % de la production mondiale d’énergie primaire en 1990. En 2025, elles atteignent 8,59 %. Une progression spectaculaire en apparence.

Mais pendant ce temps, les émissions mondiales de CO₂ ont continué leur ascension. En 2024, elles ont atteint environ 38,6 milliards de tonnes, soit près de 1,7 fois leur niveau de 1990.

Voilà le paradoxe qui dérange : nous produisons davantage d’énergie propre sans pour autant consommer beaucoup moins d’énergie fossile.

Le piège de l’efficacité

C’est ici qu’intervient un mécanisme économique vieux de plus d’un siècle : l’effet Jevons.

Lorsqu’une technologie devient plus efficace, on pourrait imaginer que nous allons consommer moins de ressources.

Mais si cette efficacité rend son utilisation moins coûteuse et permet de multiplier les usages, la consommation globale peut au contraire augmenter.

Une voiture électrique consomme moins d’énergie à l’usage qu’un véhicule thermique. Mais il faut produire ses batteries, extraire des métaux, fabriquer de l’acier, du verre, du plastique, construire des infrastructures et alimenter l’ensemble du système électrique.

L’efficacité ne supprime donc pas forcément la consommation : elle peut la déplacer, l’amplifier et créer de nouveaux besoins.

Le FMI met les pieds dans le plat

C’est précisément cette mécanique que trois chercheurs français, William Oman, Étienne Espagne et Jean-Baptiste Fressoz, analysent dans un article publié le 24 juillet 2026.

Leur constat est particulièrement explosif : l’histoire énergétique ne raconte pas une succession de sources d’énergie qui se remplacent les unes les autres.

Elle raconte plutôt une histoire d’addition.

Le charbon n’a pas fait disparaître le bois. Le pétrole n’a pas fait disparaître le charbon. Et les technologies bas-carbone ne font pas automatiquement disparaître les hydrocarbures.

Nous ajoutons des couches énergétiques les unes aux autres.

C’est le fameux « paradoxe de Jevons généralisé », qui cherche à mesurer non seulement l’efficacité d’une technologie, mais aussi les effets en cascade sur l’ensemble de l’économie.

La voiture électrique ne règle pas tout

Le symbole est évident : la voiture électrique.

À l’échappement, elle ne rejette pas de CO₂ comme une voiture thermique. Mais cela ne signifie pas qu’elle est dépourvue d’empreinte matérielle ou carbone.

Métaux, batteries, acier, ciment, plastique, verre, réseaux électriques : la décarbonation nécessite elle-même une gigantesque infrastructure industrielle.

Et lorsque les besoins explosent, les renouvelables peuvent ne pas suffire à répondre à la demande.

Résultat : les énergies fossiles continuent parfois de servir de béquille.

Même phénomène avec l’intelligence artificielle : l’explosion des centres de données entraîne une demande électrique considérable, alors même que certaines régions du monde utilisent encore massivement le charbon pour produire cette électricité.

Trois suspects sur le banc des accusés

Selon les chercheurs, trois forces jouent un rôle majeur dans cette mécanique : les multinationales, les États et la finance.

Les entreprises cherchent la rentabilité. Les États cherchent à soutenir leur économie et leurs industries stratégiques. Les investisseurs recherchent des rendements.

Et tous ces mécanismes peuvent pousser à produire davantage.

Le problème devient alors vertigineux : comment réduire réellement l’empreinte écologique d’une économie dont le moteur reste la croissance permanente de la production et de la consommation ?

Le véritable tabou : consommer moins

C’est probablement là que se trouve le point le plus explosif de cette analyse.

La transition écologique repose largement sur la promesse d’une croissance devenue « verte » grâce à la technologie.

Mais si les gains d’efficacité entraînent de nouveaux usages, si chaque innovation crée de nouveaux besoins et si les infrastructures bas-carbone nécessitent elles-mêmes d’immenses quantités de ressources, alors le simple remplacement du pétrole par l’électricité ne suffira pas.

Il faudrait aussi parler de sobriété.

Pas seulement produire autrement.

Produire moins de certaines choses. Consommer moins de ressources. Repenser nos besoins.

Et c’est précisément là que le débat devient politiquement inflammable.

La croissance verte face au mur

L’étude ne dit pas que les renouvelables sont inutiles. Elle montre plutôt que leur développement ne garantit absolument pas, à lui seul, une baisse de la consommation totale de ressources ou des émissions.

C’est une nuance fondamentale.

Car depuis trente ans, le récit dominant promet une sorte de miracle technologique : nous pourrions continuer à produire, consommer et croître tout en réduisant notre impact environnemental.

Or les chiffres mondiaux racontent une histoire beaucoup plus brutale.

Le problème n’est peut-être pas seulement notre énergie. Il est aussi dans la quantité de choses que nous fabriquons, transportons, vendons et consommons.

Le coup de tonnerre

Le plus surprenant dans cette affaire est peut-être l’endroit où cette remise en question apparaît : au sein même de l’écosystème de recherche du Fonds monétaire international.

Ce travail ne signifie évidemment pas que le FMI abandonne ses politiques économiques ou que la « transition » est officiellement enterrée.

Mais il ouvre une brèche majeure dans un récit devenu presque automatique.

Car si la technologie permet de faire mieux… mais nous pousse aussi à faire davantage, alors le véritable défi écologique ne consiste plus uniquement à trouver une énergie propre.

Il consiste à répondre à une question autrement plus dérangeante :

Et si nous devions apprendre à produire et consommer moins ?

Une idée beaucoup plus difficile à vendre qu’une nouvelle voiture électrique, un nouveau panneau solaire ou une nouvelle intelligence artificielle.

Et peut-être précisément pour cette raison, beaucoup plus explosive.

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