Évreux : semaine agitée, sportifs en forme
Du dimanche 27 septembre au samedi 3 octobre 2026, Évreux n’a pas vraiment connu une semaine tranquille. Entre mobilisation sociale, lycées bloqués, violences devant Aristide-Briand, bataille politique, services publics dans la rue, exploits sportifs et montée en puissance culturelle autour de Jimi Hendrix, la ville a vécu sept jours sous haute tension.
À Évreux, cette semaine, il fallait choisir son terrain : la rue, les lycées, les urnes, les parquets, les terrains de sport ou les salles de spectacle.
Et parfois, tout s’est mélangé.
Car du 27 septembre au 3 octobre 2026, une même impression domine : la ville bouge énormément, mais les tensions sociales et politiques semblent parfois aller plus vite que les réponses.
POLITIQUE — ÉVREUX SANS SÉNATEUR : LA CAPITALE DE L’EURE REGARDE LE TRAIN PASSER
Premier coup de griffe dès le début de semaine.
Après les élections sénatoriales, Hervé Maurey et Kristina Pluchet conservent leur siège tandis que Frédéric Duché fait son entrée au Sénat.
Mais aucun sénateur n’est directement issu d’Évreux.
Pour une préfecture de département, cela fait forcément parler.
Le résultat nourrit immédiatement le débat politique local : comment la première ville de l’Eure peut-elle se retrouver sans représentant ébroïcien directement identifié au Palais du Luxembourg ?
Et le timing n’arrange rien.
Parce qu’Évreux vit déjà avec une autre épée de Damoclès au-dessus de l’Hôtel de Ville : le contentieux des élections municipales.
Le rapporteur public du tribunal administratif a demandé le 22 septembre l’annulation des deux tours du scrutin municipal et la décision est attendue le 8 octobre 2026.
Autrement dit, pendant que la ville devrait parler commerce, développement économique, sécurité, logement, quartiers ou mobilité, une partie de la classe politique reste suspendue à une décision de justice.
Évreux est la préfecture de l’Eure, mais politiquement elle donne parfois l’impression d’être spectatrice de son propre département.
Pas de sénateur directement ébroïcien, une situation municipale toujours sous pression et des prochains mois qui s’annoncent extrêmement politiques.
Pendant ce temps, les habitants attendent surtout une chose :
que la ville fonctionne.
SOCIAL — LES SERVICES PUBLICS DESCENDENT DANS LA RUE
Mardi 29 septembre, changement de décor.
Cette fois, la colère s’installe devant l’Hôtel de Ville.
Les organisations syndicales avaient appelé les agents publics à manifester pour défendre notamment les salaires, les conditions de travail, les effectifs, la revalorisation du point d’indice ou encore dénoncer certaines mesures touchant les fonctionnaires.
Près d’un millier de manifestants sont annoncés à Évreux par certaines organisations syndicales.
Et cette mobilisation raconte quelque chose de plus profond qu’un simple défilé.
Pouvoir d’achat, manque d’effectifs, école, santé, administration : ce sont précisément les sujets auxquels les habitants sont confrontés chaque jour.
On peut multiplier les projets, les annonces et les inaugurations.
Mais lorsqu’une masse importante d’agents publics descend dans la rue pour expliquer que les conditions de travail se dégradent, le problème ne se règle pas avec une photographie devant un ruban tricolore.
LYCÉES — LA COLÈRE DES ÉLÈVES ÉCLATE… PUIS LES CASSEURS VOLENT LEUR COMBAT
C’est probablement l’image la plus forte de la semaine.
Vendredi 2 octobre, le lycée Aristide-Briand est bloqué dès le matin.
Des lycéens veulent dénoncer leurs conditions d’études : manque de moyens, professeurs non remplacés, classes chargées, difficultés d’organisation ou encore inquiétudes autour de leur avenir scolaire.
Jusque-là, nous sommes dans une mobilisation sociale classique.
Puis tout dérape.
Selon les autorités, des individus masqués viennent se mêler au rassemblement.
Des projectiles sont lancés, des feux sont allumés et des tentatives d’intrusion sont signalées.
Les forces de l’ordre interviennent.
Le préfet Xavier Delarue hausse alors le ton.
Son message est clair : il ne laissera pas les établissements scolaires devenir des terrains d’affrontement.
Conséquence : les lycées Aristide-Briand, Modeste-Leroy et Léopold-Sédar-Senghor à Évreux, ainsi que Les Fontenelles à Louviers, doivent rester fermés lundi 5 octobre.
Les rassemblements sont également interdits à leurs abords.
Et voilà tout le paradoxe.
Les lycéens voulaient parler de leurs conditions d’études.
À la fin de la journée, tout le monde parlait surtout…
des violences.
Les élèves mobilisés eux-mêmes ont dénoncé les débordements, estimant qu’ils nuisaient à leurs revendications.
Et ils touchent là au cœur du problème :
quand quelques casseurs prennent possession des images, ils confisquent la parole de ceux qui voulaient simplement être entendus.
Mais une fois les barrières retirées et les fumigènes dissipés, une autre question demeure.
Que fait-on des revendications ?
Parce qu’un problème scolaire ne disparaît pas avec un cordon de police.
FAITS DIVERS — ARISTIDE-BRIAND FAIT BASCULER LA SEMAINE
Cette mobilisation est également devenue le principal fait divers ébroïcien de ces sept jours.
Tentatives d’intrusion, jets de projectiles, incendies et fortes tensions avec les forces de l’ordre : le niveau atteint vendredi matin change totalement la nature du mouvement.
Il faut cependant rester extrêmement prudent sur les amalgames.
Les lycéens mobilisés ne doivent pas être automatiquement assimilés aux auteurs des violences.
Plusieurs témoignages distinguent clairement les élèves venus défendre leurs revendications des individus venus provoquer les affrontements.
Cette distinction est essentielle.
Sinon, le raccourci devient dangereux :
manifestation égale violence.
Et à partir de là, plus personne ne parle du fond.
SPORT — L’ALM ÉVREUX FRAPPE FORT : 95-77 CONTRE FOS-SUR-MER
Dans une semaine aussi agitée, le sport a offert à Évreux quelques raisons de sourire.
Et la plus grosse performance est peut-être venue du basket.
Vendredi 2 octobre, pour son premier match à domicile de la saison en Élite 2, l’ALM Évreux Basket domine Fos-sur-Mer 95 à 77 à Jean-Fourré.
Une victoire nette.
Dix-huit points d’écart.
Et surtout un début de saison parfait.
Une semaine auparavant, Évreux s’était déjà imposé à Poitiers 86-80.
Bilan après deux journées :
deux matchs, deux victoires.
L’ALM fait partie des équipes encore invaincues.
Ceux qui pensaient voir Évreux commencer la saison en regardant les autres jouer peuvent déjà revoir leur copie.
95 points pour la première à Jean-Fourré : l’ALM n’a pas simplement gagné, elle a posé ses chaussures sur la table.
L’équipe produit du jeu, marque beaucoup et commence déjà à installer une dynamique positive.
Après plusieurs saisons compliquées, ce démarrage fait forcément du bien.
Prochain test : déplacement à Vichy vendredi 9 octobre.
Mais pour l’instant, le constat est simple :
Évreux est invaincu. Et Jean-Fourré recommence à rugir.
VOLLEY — LES PANTHÈRES SORTENT LES GRIFFES
Et ce n’est pas fini.
Samedi 3 octobre, les Panthères de l’Évreux Volley-Ball entraient elles aussi dans leur saison.
Face à France Avenir, Évreux ne manque pas son rendez-vous.
France Avenir – Évreux : 0-3
10-25, 18-25, 24-26.
Les deux premiers sets sont parfaitement maîtrisés.
Le troisième est beaucoup plus accroché.
Mais les Ébroïciennes tiennent bon et concluent en trois manches.
Pendant que la ville passe la semaine à discuter rapports de force, les Panthères ont trouvé une méthode beaucoup plus simple :
trois sets, trois coups de griffes et retour à Évreux.
Pas besoin de long discours.
Le tableau d’affichage parle tout seul.
Prochaine échéance à domicile : Cannes, samedi 10 octobre.
Et là, le niveau montera encore d’un cran.
FOOTBALL — ÉVREUX SOUFFLE LE CHAUD ET LE FROID
Côté football, la semaine est plus contrastée.
La réserve ébroïcienne avait lancé la semaine de belle manière dimanche 27 septembre en dominant Gisors B 4-0 en Coupe des réserves.
Chez les féminines, en revanche, la Coupe de France s’arrête avec une défaite 3-0 face à Saint-Désir.
L’équipe première masculine avait, elle, rendez-vous samedi avec la réserve du FC Rouen en Régional 1.
Le football ébroïcien continue donc d’avancer avec plusieurs visages :
encourageant ici,
plus fragile ailleurs.
LE SPORT ÉBROÏCIEN FINIT LA SEMAINE EN BEAUTÉ
En seulement quelques heures, Évreux aura donc vu :
🏀 ALM Évreux – Fos-sur-Mer : 95-77
🏐 France Avenir – Évreux Volley-Ball : 0-3
Au milieu d’une semaine secouée par les tensions politiques, sociales et lycéennes, ce sont finalement les sportifs ébroïciens qui auront offert quelques-unes des images les plus positives du week-end.
Basket et volley ont envoyé le même message :
Évreux sait aussi gagner.
CULTURE — ÉVREUX PRÉPARE SA BOMBE HENDRIX
Pendant que la politique s’écharpe et que les lycées chauffent, la culture prépare probablement l’un des événements les plus forts de l’automne ébroïcien.
Le 13 octobre 1966, un jeune guitariste encore presque inconnu se produisait à Évreux.
Son nom ?
Jimi Hendrix.
Soixante ans plus tard, la ville transforme cet incroyable morceau de son histoire en événement culturel.
L’exposition « Évreux 66 : The Jimi Hendrix Experience » doit ouvrir le 10 octobre à la médiathèque Rolland-Plaisance et restera visible jusqu’au 23 janvier 2027.
Concerts, projections, rencontres, ateliers, expériences immersives et animations accompagneront l’exposition.
Yarol Poupaud sera notamment présent lors du lancement.
Et là, Évreux tient quelque chose de très fort.
Toutes les villes françaises ne peuvent pas raconter :
« Jimi Hendrix a joué chez nous avant de devenir Jimi Hendrix. »
Ce n’est pas une anecdote.
C’est un morceau de patrimoine musical mondial caché dans l’histoire locale.
Alors autant l’assumer pleinement.
Évreux ne possède peut-être pas la Tour Eiffel.
Mais Paris ne peut pas raconter qu’Hendrix y a lancé l’aventure du Jimi Hendrix Experience comme Évreux peut le faire.
LA SEMAINE EN UNE PHRASE
Une ville en colère dans la rue, nerveuse devant ses lycées, fébrile en politique, victorieuse sur les parquets et bientôt complètement rock.
Voilà Évreux cette semaine.
Et derrière les événements se dessine surtout une ville remplie de contradictions.
Elle développe ses équipements.
Elle attire des projets.
Elle possède une histoire culturelle étonnante.
Ses clubs sportifs gagnent.
Mais dans le même temps, le climat social se tend et la politique locale donne régulièrement le sentiment de vivre dans sa propre bulle.
L’ÉDITO — ARRÊTONS DE CONFONDRE ÉVREUX AVEC SES POLÉMIQUES
Le plus grand danger pour Évreux serait finalement de laisser ses querelles devenir son identité.
Parce que cette semaine montre exactement l’inverse.
Évreux, ce sont aussi des lycéens qui veulent défendre leur avenir.
Des agents publics qui réclament des moyens.
Des sportifs qui gagnent.
Des bénévoles qui font vivre les clubs.
Des associations qui travaillent.
Des étudiants qui apprennent.
Des entreprises qui investissent.
Des artistes qui arrivent.
Une ALM qui démarre sa saison tambour battant.
Des Panthères qui gagnent en trois sets.
Et une ville capable de ressortir de ses archives un certain soir d’octobre 1966 où un inconnu appelé Jimi Hendrix montait sur scène.
Alors oui, il faut parler des tensions.
Oui, il faut parler des violences.
Oui, il faut parler des batailles municipales.
Mais il ne faudrait surtout pas qu’à force de commenter ceux qui se disputent Évreux…
on oublie ceux qui la font vivre.
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