Acétamipride : une note scientifique enflamme le Parlement et menace la loi « urgence agricole »

Interdit en France depuis 2020, l’acétamipride pourrait effectuer un retour discret par le biais du projet de loi d’urgence agricole. Mais une note de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (Opecst) a provoqué, jeudi 30 avril, une rare explosion de tensions au sein du Parlement. Rejet, accusations de manœuvre politique et bataille de calendrier : la science devient un champ de bataille.

 

Un rejet historique à l’Opecst

L’Opecst devait entériner une note scientifique sur les « impacts environnementaux et sanitaires » de l’acétamipride, un néonicotinoïde toujours autorisé dans l’Union européenne jusqu’en 2033. Rédigée par le député RN Émeric Salmon et le sénateur PS Michaël Weber, cette note dressait un état des lieux alarmant : contamination généralisée des écosystèmes, potentiel neurotoxique préoccupant pour l’homme, et présence du produit dans tous les organes du corps humain.

Résultat du vote : six voix contre six. Un score insuffisant. La note a été rejetée en l’état, un report qualifié de *rarissime* pour cette institution bicamérale née en 1983. Seul précédent connu : les impacts de l’huile de palme en 2018.

Du côté de la droite et du RN, on assume un désaccord de fond. Le tableau a été jugé trop alarmiste, trop « apocalyptique » selon un sénateur LR. Les opposants réclament davantage de données chiffrées et des auditions complémentaires, notamment de l’autorité européenne Efsa. Mais ils jurent que le calendrier législatif n’est pour rien dans leur décision.

À gauche, la colère est vive. Le corapporteur socialiste dénonce un « jeu de dupes » : jusqu’à la veille du vote, aucun différend scientifique n’existait avec son collègue RN. L’accusation est claire : la droite et le Rassemblement national auraient bloqué la note pour éviter qu’elle ne vienne parasiter l’examen très attendu du projet de loi d’urgence agricole, prévu le 19 mai à l’Assemblée nationale.

 

L’ombre de la loi Duplomb

Ce combat scientifique en cache un autre, bien plus politique. L’acétamipride n’est pas un sujet neuf. Il avait déjà été au cœur de la loi Duplomb (2025), qui proposait sa réintroduction avant d’être censurée par le Conseil constitutionnel. Mais le sénateur LR Laurent Duplomb ne lâche rien : il a déposé une nouvelle proposition de loi, dite « Duplomb 2 », pour autoriser des dérogations ciblées (betterave sucrière, noisette, pomme, cerise). Et il milite activement pour que cette disposition soit intégrée au projet de loi d’urgence agricole, soutenu par le président du Sénat Gérard Larcher.

Le timing est donc explosif. Si la note de l’Opecst avait été publiée avant les débats parlementaires, elle aurait constitué un contre-feu scientifique gênant pour les partisans de la réautorisation. En la repoussant, ses opposants gagnent un temps précieux.

 

Un toxicologue met en doute la polémique

Pourtant, la solidité scientifique de la note ne fait guère débat dans les cercles indépendants. Xavier Coumoul, toxicologue et expert auditionné par l’Office, estime que le projet de note reflète parfaitement le consensus scientifique et sanitaire actuel. Il confirme que le texte restitue fidèlement la teneur des auditions menées.

Ce décalage entre la position des experts et le vote des parlementaires nourrit la suspicion. Pour la gauche, il ne s’agit pas d’une exigence méthodologique, mais d’une obstruction purement politique destinée à enterrer un document gênant avant une échéance législative majeure.

 

La guerre continue hors des murs

Les tensions ne se sont pas apaisées après le vote. Une conférence de presse organisée dans l’après-midi par le sénateur Weber a été brutalement interrompue par le président LR de l’Opecst. Ce dernier a jugé « déplorable » la méthode consistant à présenter la note au public avant son adoption définitive. Le socialiste, quant à lui, a dénoncé une forme de censure déguisée.

L’Opecst a finalement promis des auditions complémentaires et des précisions, sans aucun calendrier. La note sera publiée… mais « pas sous cette forme ». En attendant, le flou persiste.

 

Un affrontement en perspective à l’Assemblée

Rendez-vous est pris pour le 19 mai. Ce jour-là, l’Assemblée nationale examinera le projet de loi d’urgence agricole. La question de l’acétamipride, si elle est intégrée au texte, promet un affrontement violent entre une majorité favorable aux dérogations et une opposition arc-boutée sur le principe de précaution.

Une chose est sûre : ce qui devait être un simple éclairage scientifique s’est mué en étincelle politique. Et l’incendie n’a pas fini de brûler.

Entre urgence agricole et risque sanitaire, la science a perdu la première manche. Reste à savoir qui gagnera la guerre parlementaire.

 

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