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Incendies : la « posture » de l’État face aux flammes

    « Une posture. » Deux mots qui pourraient bien mettre le feu aux poudres. Alors que le gouvernement répète depuis des semaines que la France dispose de moyens suffisants pour affronter les incendies, Laurent Nuñez aurait reconnu, à huis clos, que cette communication relève aussi d’un calcul politique.

Une déclaration explosive, révélée par Mediapart, alors que le ministre de l’Intérieur et Sébastien Lecornu doivent se rendre lundi en Gironde. Sur le terrain, pourtant, les pompiers racontent une tout autre histoire : celle d’un système sous tension, de moyens aériens insuffisants et de décisions prises dans l’urgence.

Quand la communication prend le dessus sur les flammes

Face aux représentants des sapeurs-pompiers, le 13 août place Beauvau, Laurent Nuñez ne nie pas frontalement les difficultés. Il assume même une part de langage politique : lorsqu’il affirme que les moyens sont suffisants, explique-t-il, il répond aussi aux critiques de l’opposition.

Autrement dit : la réalité opérationnelle d’un côté, la bataille politique de l’autre.

Un aveu qui fait particulièrement mal aux soldats du feu. Car pendant que les ministres assurent que « tout va bien », les pompiers affrontent des incendies toujours plus violents, plus rapides et plus difficiles à contenir.

Le nombre de feux de plus de 30 hectares aurait ainsi été multiplié par près de 30 en deux décennies, selon les données européennes citées par Mediapart.

Et pendant ce temps, le discours officiel reste verrouillé : moyens renforcés, anticipation, dispositif exceptionnel…

« Nous avons suffisamment de moyens »… vraiment ?

Le 20 juillet, sur France Inter, Laurent Nuñez assurait encore : « Oui, nous avons suffisamment de moyens, bien sûr. »

Quelques jours plus tard, Jean-Didier Berger affirmait même que les moyens avaient « doublé depuis trois ans ».

Les pompiers, eux, demandent simplement qu’on regarde les faits.

Car les documents internes consultés par Mediapart dressent un tableau nettement moins rassurant.

Le 22 juillet, alors que la Gironde présente un risque incendie « très sévère », aucun guet aérien armé n’est prévu dans le département. Sur les douze Canadair de la flotte, seuls huit sont disponibles ce matin-là, selon les documents cités dans l’enquête.

Puis survient le feu de Saumos.

Et là, le compteur s’affole.

48 minutes pour intervenir depuis les airs

À 12 h 02, le feu démarre.

À 12 h 18, les premiers pompiers arrivent.

À 12 h 33, l’hélicoptère de reconnaissance décrit déjà une progression exceptionnelle.

À 12 h 50, soit 48 minutes après le départ du feu, un Dash décolle enfin de Mérignac.

Entre-temps, les flammes ont commencé à sauter les lignes de défense.

À 13 h 18, cinq hectares sont déjà parcourus et des sautes de feu sont observées à plus d’un kilomètre du front.

La doctrine française est pourtant claire : frapper massivement un incendie lorsqu’il est encore naissant.

Mais comment mener cette attaque massive lorsque les avions manquent ou arrivent trop tard ?

Les Canadair appelés… puis détournés

À 13 h 47, le Sdis de Gironde réclame quatre Canadair et un hélicoptère bombardier d’eau lourd.

À 14 h 02, seuls deux Canadair sont envoyés.

Ils décollent à 14 h 24.

Mais lorsqu’ils arrivent enfin dans le secteur, un autre feu les appelle dans les Landes.

Les avions repartent.

Pendant ce temps, Saumos continue de brûler.

Et le feu change de dimension.

La fumée envahit le ciel. Les flammes se propagent. Le brasier devient convectif, créant son propre vent et projetant des braises toujours plus loin.

Ce qui aurait pu être un incendie contenu devient un monstre.

42 000 hectares plus tard…

Le bilan est vertigineux : des dizaines de milliers d’hectares ravagés, des milliers de personnes évacuées, des habitations détruites et une mobilisation exceptionnelle des secours.

Le feu de Saumos deviendra l’un des plus importants incendies de ces dernières décennies.

Et au cœur de cette catastrophe, une question demeure :

Que vaut la promesse de moyens suffisants lorsque les avions ne sont pas là au moment où ils sont indispensables ?

Les pompiers ne réclament pas des applaudissements.

Ils réclament des moyens.

Des appareils disponibles.

Des bases aériennes adaptées.

Une capacité de réaction immédiate.

Et surtout, qu’on cesse de leur expliquer que tout va bien lorsqu’ils constatent quotidiennement l’inverse.

« Une posture » qui ne passe pas

Le plus explosif dans cette affaire n’est peut-être même pas le manque de moyens.

C’est l’écart entre le discours officiel et la réalité vécue sur le terrain.

Laurent Nuñez aurait demandé aux pompiers de contribuer à trouver des mesures consensuelles et de ne pas « chauffer » les oppositions.

Mais les syndicats ont visiblement compris le message.

On leur demande de calmer le jeu politique pendant qu’eux combattent un feu qui, lui, ne fait aucune politique.

Les flammes ne négocient pas.

Elles ne regardent pas les sondages.

Elles ne se soucient pas des éléments de langage.

Elles avancent.

Et lorsque les moyens arrivent trop tard, elles gagnent du terrain.

Alors que Sébastien Lecornu et Laurent Nuñez doivent retourner en Gironde lundi, une question risque de leur coller aux bottes :

Faudra-t-il encore parler de « posture » lorsque les pompiers demanderont des comptes ?

Car derrière les chiffres, les déclarations et les déplacements ministériels, une réalité demeure : quand le feu démarre, il n’attend pas la communication gouvernementale.

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