Lyhanna : le scandale d’un État qui n’a pas protégé une enfant

 

Des excuses. Des sanctions promises. Des magistrats montrés du doigt. Et toujours la même question : qui répondra de l’échec d’un système qui n’a pas su protéger une enfant de 11 ans malgré les alertes ?

Après le meurtre de Lyhanna, Gérald Darmanin se dit « bouleversé » et reconnaît un « immense échec ». Mais à peine les mots prononcés, le garde des Sceaux dégaine déjà sa cible : les fautes individuelles. Les magistrats qui n’auraient pas appliqué ses circulaires. Les services qui n’auraient pas suffisamment « priorisé ».

Une défense politique devenue un classique : quand l’État échoue, on cherche des fusibles.

Pourtant, les faits sont implacables. Une plainte pour viol sur une fillette de 10 ans. Des constatations médicales alarmantes. Un suivi psychologique attestant de la crédibilité de la victime. Un suspect déjà connu des services. Et malgré cela : des mois de retard, des transmissions administratives interminables, une enquête confiée à une brigade exsangue, un suspect jamais placé en garde à vue.

Comment un tel désastre a-t-il été possible ?

La réponse du ministre sidère : ce n’est pas un problème de moyens.

Vraiment ?

Dans les commissariats, des enquêteurs gèrent plus d’une centaine de dossiers chacun. Dans certains parquets, quatre procureurs doivent suivre des centaines de milliers d’habitants. Les brigades spécialisées se vident de leurs effectifs au gré des nouvelles « priorités » gouvernementales. Narcotrafic. Opérations coups de poing. Sécurité publique. Communication politique.

Et les enfants ?

On leur promet qu’ils sont une « priorité absolue ». Jusqu’au prochain arbitrage.

Ce drame révèle une vérité insupportable : la protection de l’enfance est devenue une priorité d’affichage. Un slogan. Une bannière brandie après chaque scandale, avant de disparaître derrière d’autres urgences plus visibles, plus médiatiques, plus rentables politiquement.

Les procureurs alertent depuis des années. Les syndicats de magistrats dénoncent l’asphyxie des juridictions. Les enquêteurs parlent de services à bout de souffle. Tout le monde savait. Tout le monde prévenait.

Et pourtant, il a fallu qu’une enfant meure pour que l’exécutif découvre soudain l’existence des dysfonctionnements.

Le plus révoltant n’est donc pas seulement qu’une procédure ait déraillé.

Le plus révoltant, c’est qu’après des années d’alertes ignorées, le pouvoir semble encore croire qu’il suffira de désigner quelques responsables individuels pour éviter une remise en cause plus large.

Lyhanna n’est pas morte parce qu’une circulaire a été oubliée sur un bureau.

Elle est morte au cœur d’un système saturé, épuisé, incapable de faire correspondre ses discours à ses actes.

Et si aucune leçon structurelle n’est tirée de ce drame, alors les excuses télévisées de Gérald Darmanin ne seront qu’une étape supplémentaire dans une mécanique devenue obscène : pleurer les victimes, chercher des coupables, puis recommencer.

Jusqu’au prochain prénom.

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