François Hollande, le retour de l’homme qui a laissé la gauche en ruines
Neuf ans après avoir quitté l’Élysée dans un climat de défiance rarement atteint sous la Ve République, François Hollande rêve d’un improbable retour. L’ancien président ressort l’argument de l’expérience, évoque ses rencontres avec Vladimir Poutine, Benjamin Netanyahu ou Barack Obama, et veut faire croire que le monde, devenu plus dangereux, aurait de nouveau besoin de lui.
Mais une question s’impose : peut-on sérieusement revenir au pouvoir sans rendre de comptes sur l’un des quinquennats les plus contestés de ces dernières décennies ?
Car derrière la mise en scène du « président expérimenté » se cache un bilan dont une partie de la gauche ne s’est jamais remise.
Le président qui a fait exploser son propre camp
Élu en 2012 sur une promesse de justice sociale, François Hollande avait promis de s’attaquer à la finance. Cinq ans plus tard, une partie de son électorat criait sa colère dans les rues en dénonçant la loi Travail, le Pacte de responsabilité, le CICE et un virage social-libéral vécu comme une trahison.
Le slogan « Tout le monde déteste le PS » n’était pas une formule lancée par ses adversaires de droite. Il résonnait dans les manifestations contre son propre gouvernement.
Rarement un président aura autant fracturé la famille politique qui l’avait porté au pouvoir.
Le 49.3 comme méthode de gouvernement
L’épisode de la loi Travail reste le symbole d’un pouvoir qui, faute de convaincre, a choisi d’imposer.
Manifestations à répétition.
Violences dans les cortèges.
Frondes parlementaires.
Et, finalement, le recours au 49.3 pour faire passer une réforme rejetée jusque dans les rangs socialistes.
Le président qui disposait pourtant d’une majorité absolue donnait déjà le sentiment d’avoir perdu le contrôle de son propre camp.
La déchéance de nationalité : le pari politique qui tourne au fiasco
Après les attentats de 2015, François Hollande reprend une mesure traditionnellement défendue par la droite et l’extrême droite : la déchéance de nationalité pour certains terroristes binationaux.
L’objectif affiché était de rassembler.
Le résultat sera exactement inverse.
Christiane Taubira démissionne.
La majorité se déchire.
La gauche s’accuse mutuellement de renier ses valeurs.
Et l’exécutif finit par abandonner une réforme devenue politiquement intenable.
Une séquence dont François Hollande reconnaîtra lui-même, des années plus tard, qu’elle avait profondément divisé le pays.
L’homme qui n’a même pas pu défendre son propre bilan
C’est sans doute le fait politique le plus cruel.
En 2017, François Hollande ne renonce pas à briguer un second mandat par stratégie.
Il y renonce parce que sa popularité est tombée à un niveau tel qu’une candidature apparaissait vouée à l’échec, y compris dans son propre camp.
Une première sous la Ve République pour un président sortant.
Aujourd’hui, le même homme voudrait convaincre les Français que le temps aurait effacé ce souvenir.
Une campagne qui promet d’être un réquisitoire
Face à Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin ou Raphaël Glucksmann, François Hollande ne pourra pas se contenter de rappeler qu’il connaît les chefs d’État étrangers.
Il devra expliquer pourquoi son quinquennat reste, pour une partie de la gauche, synonyme de renoncements, de fractures et d’effondrement électoral.
Car chacun de ses arguments sur son expérience fera ressurgir une autre réalité : celle d’un président qui avait promis de réconcilier la gauche et qui a laissé derrière lui un Parti socialiste exsangue, ouvrant un boulevard à Emmanuel Macron.
Le paradoxe est saisissant.
François Hollande veut aujourd’hui apparaître comme l’homme capable de reconstruire la gauche.
Ses adversaires, eux, n’auront qu’une ligne de défense : rappeler qu’ils le tiennent pour l’un de ceux qui ont contribué à sa désintégration.
Si l’ancien chef de l’État officialise sa candidature, la campagne ne sera pas seulement celle de son retour. Elle sera aussi celle du procès politique de son quinquennat. Et sur ce terrain, chaque promesse de renaissance risque de réveiller les souvenirs d’un pouvoir dont beaucoup n’ont jamais véritablement tourné la page.
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