Raphaël Glucksmann se lance dans la présidentielle… mais la gauche ne l’attendait pas
Raphaël Glucksmann voulait provoquer un électrochoc. Il risque surtout de déclencher une nouvelle guerre de tranchées à gauche.
Dimanche 23 août, le fondateur de Place publique a officialisé sa candidature à la présidentielle et demandé à participer à la primaire organisée avec le Parti socialiste. Une annonce présentée comme un choix de responsabilité, presque comme un devoir historique : empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir et « relever la France ».
Mais derrière les belles formules, la réalité est beaucoup moins flatteuse : Glucksmann n’a pas réussi à créer la dynamique qu’il espérait.
Et maintenant, il doit gagner une bataille avant même de pouvoir prétendre gagner la présidentielle : celle de sa propre famille politique.
trois mois pour convaincre… et toujours pas de raz-de-marée
Le 26 mai, Raphaël Glucksmann s’était donné trois mois pour parcourir la France, rassembler son camp et mesurer ses chances.
Le verdict est tombé.
Pas de raz-de-marée. Pas de candidature devenue incontournable. Pas de gauche entière qui se range derrière lui.
Au contraire, les prétendants se multiplient : Jérôme Guedj, Philippe Brun, Karim Bouamrane, Bernard Cazeneuve… Et le PS reste profondément divisé.
Autrement dit, Glucksmann voulait apparaître comme une évidence. Il se retrouve candidat parmi d’autres.
C’est un sacré problème pour celui qui espérait imposer sa candidature par la seule force de sa dynamique.
le candidat anti-mélenchon avant d’être le candidat de la gauche ?
Son ADN politique est désormais parfaitement identifiable : le non-mélenchonisme.
Glucksmann refuse catégoriquement une alliance avec La France insoumise et l’a encore martelé : s’il gagne, il n’y aura « plus jamais d’alliance avec la France insoumise ».
C’est clair. C’est net.
Mais c’est aussi politiquement risqué.
Car comment prétendre rassembler toute la gauche tout en excluant une partie importante de son électorat ?
Olivier Faure lui rappelle brutalement la réalité : aucune gauche ne peut espérer gagner sans l’ensemble des électeurs de gauche.
Le problème est donc posé.
Glucksmann veut battre l’extrême droite, mais refuse de faire cause commune avec Mélenchon. Mélenchon veut s’imposer comme le seul recours à gauche et pousse les socialistes et les écologistes vers la sortie.
Pendant ce temps, chacun se regarde en chiens de faïence.
la primaire socialiste : premier obstacle, premier danger
Glucksmann devra désormais passer par la votation organisée par le PS, prévue en octobre.
Et cette primaire est loin d’être une formalité.
Car derrière lui, les ambitions sont nombreuses. Certains socialistes rêvent déjà de lui barrer la route. D’autres espèrent profiter de son éventuel échec pour revenir dans le jeu.
Et dans l’ombre, François Hollande n’a pas disparu.
Il affirme ne pas vouloir participer à cette primaire, mais son silence ressemble davantage à une stratégie d’attente qu’à une retraite politique définitive.
À gauche, personne ne jette vraiment l’éponge. Tout le monde attend de voir qui va tomber.
le paradoxe glucksmann
Le plus gros problème de Raphaël Glucksmann est peut-être là : il cherche à occuper un espace politique qui est déjà saturé.
À gauche, Mélenchon occupe le terrain de la rupture.
Chez les écologistes, Marine Tondelier tente de préserver son espace.
Au centre, Gabriel Attal et Édouard Philippe se disputent déjà l’héritage du macronisme et les électeurs modérés.
Alors, où placer Glucksmann ?
Entre Mélenchon et Philippe ? Entre le PS et Place publique ? Entre la gauche et le centre ?
Le risque est de finir coincé au milieu, avec beaucoup d’ambition mais pas assez d’espace électoral.
la gauche française : un embouteillage XXL
Le spectacle est désormais surréaliste.
Mélenchon veut devenir le candidat naturel de la gauche.
Glucksmann veut rassembler sans Mélenchon.
Le PS veut organiser une primaire.
Les écologistes hésitent entre leur propre candidature et un rapprochement avec LFI.
Édouard Philippe regarde le centre.
Gabriel Attal se prépare.
Et François Hollande reste en embuscade.
Pendant ce temps, Marine Le Pen n’a même pas besoin de parler pour profiter du spectacle.
La gauche prétend vouloir empêcher l’extrême droite de gagner, mais elle commence par se livrer une guerre interne sans merci.
et maintenant, glucksmann joue gros
Sa candidature n’est donc pas simplement une entrée en campagne.
C’est un quitte ou double.
S’il remporte la primaire socialiste, il pourra enfin prétendre devenir le candidat autour duquel une partie de la gauche non mélenchoniste pourrait se ranger.
S’il échoue, son ambition présidentielle pourrait prendre un sérieux coup d’arrêt.
Et surtout, il devra répondre à une question qui devient de plus en plus embarrassante :
peut-on réellement gagner contre l’extrême droite en passant son temps à expliquer pourquoi une partie de la gauche est infréquentable ?
Raphaël Glucksmann veut « relever la France ».
Très bien.
Mais avant de relever la France, il va déjà devoir réussir à relever sa propre candidature.
Car pour l’instant, la présidentielle n’est pas encore une bataille Glucksmann contre Le Pen.
C’est Glucksmann contre Mélenchon, Glucksmann contre le PS, Glucksmann contre les écologistes… et peut-être même Glucksmann contre lui-même.
La campagne commence à peine.
Et à gauche, le carnage est déjà lancé.
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