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Édouard Philippe, la « droite sociale »… avec un sérieux goût de droite tout court

 

 

    Une baraque à frites, quelques bières, Gérald Darmanin en renfort et un discours soigneusement emballé dans du papier « social » : Édouard Philippe a lancé sa rentrée politique dimanche à Tourcoing. Mais derrière les grands mots  « populaire », « gaulliste », « sociale »… le contenu, lui, penche nettement à droite. Très nettement.

Après avoir débattu avec François Hollande la veille à Sens, l’ancien Premier ministre a retrouvé Gérald Darmanin à Tourcoing. Objectif affiché : donner à sa candidature une petite touche sociale et populaire. Une opération de communication bien huilée, où la frite sert presque de décor idéologique.

Car Édouard Philippe veut rassembler. La droite, le centre, les macronistes… et pourquoi pas quelques sociaux-démocrates égarés en chemin. Mais pas question, surtout, de renier son socle électoral.

Et c’est là que le vernis commence à craquer.

La « droite sociale », version Philippe-Darmanin

Gérald Darmanin est présenté comme celui capable d’apporter à Édouard Philippe cette fameuse « fibre sociale » qui lui ferait défaut. À Tourcoing, le garde des Sceaux a donc sorti les mots qui vont bien : « les plus fragiles », « les gens issus de l’immigration », les Français qui travaillent et qui doivent être respectés.

Une séquence presque parfaite.

Presque.

Parce que derrière cette opération séduction, les convergences entre les deux hommes sont finalement beaucoup plus nombreuses que leurs divergences.

Sur l’immigration ? Édouard Philippe refuse le moratoire général de trois ans proposé par Gérald Darmanin, mais promet une ligne « extrêmement ferme ».

Sur les retraites ? Là encore, le discours se veut prudent, mais l’objectif reste clair : travailler plus longtemps, avec la perspective d’un âge de départ différencié.

Sur les dépenses sociales ? Édouard Philippe a déjà relancé le débat sur les arrêts de travail et sur ce qu’il considère comme les dérives du système.

Bref, la « fibre sociale » est bien là. Mais elle semble surtout servir à emballer un programme qui, sur plusieurs sujets majeurs, assume une orientation très à droite.

La frite, la bière… et l’austérité en arrière-plan

À Tourcoing, tout était fait pour donner une image populaire : baraque à frites, verres de bière, références à Gérard Jugnot et aux grands principes de la grand-mère de Gérald Darmanin.

Il ne manquait presque qu’un accordéon.

Mais derrière ce décor de proximité, Édouard Philippe prépare surtout une bataille idéologique : récupérer l’électorat de droite tout en aspirant les derniers morceaux du macronisme.

Son ambition est claire : devenir le candidat incontournable de la droite et du centre et, au passage, pousser Bruno Retailleau et Gabriel Attal vers la sortie.

Le mot employé est « rassembler ».

Dans les coulisses, certains parlent plus crûment de « débrancher » les concurrents.

Le grand écart avec François Hollande

Et puis il y a François Hollande.

La veille, à Sens, les deux anciens Premiers ministres ont échangé dans un débat qui aurait pu opposer franchement gauche et droite.

Sauf que le clivage était finalement beaucoup moins spectaculaire qu’annoncé.

Même ennemi désigné : les « extrêmes ». Même volonté affichée de reconstruire un espace politique allant de la gauche social-démocrate à la droite classique.

Bernard Cazeneuve, lui aussi présent à Sens, a même parlé d’une « coalition des engagés » excluant le RN et LFI.

Voilà donc la grande recomposition qui se dessine : une immense zone centrale allant d’une partie de la gauche à la droite traditionnelle, avec pour ambition de barrer la route aux deux extrémités du paysage politique.

Sur le papier, séduisant.

Dans les urnes, beaucoup plus compliqué.

Philippe ne veut surtout pas « sauver la social-démocratie »

Le plus intéressant est peut-être ce que les proches d’Édouard Philippe assument sans détour.

Gilles Boyer, codirecteur de sa campagne, prévient : pas question de sacrifier le socle électoral du candidat pour aller chercher des électeurs de gauche.

Traduction : Édouard Philippe veut bien récupérer quelques voix au centre, mais il ne compte certainement pas devenir le candidat de la gauche modérée.

Et son entourage le dit encore plus clairement : son espace politique est aujourd’hui « à droite et au centre ».

La promesse d’une grande recomposition devra donc attendre.

Pour l’instant, le logiciel est bien celui d’une droite qui veut se donner un visage plus fréquentable, plus populaire et plus social.

Le problème : appeler ça « droite sociale » ne change pas le contenu

C’est toute l’ambiguïté de cette rentrée politique.

Édouard Philippe veut apparaître comme le candidat raisonnable, responsable, rassembleur, loin des outrances du RN comme de LFI.

Mais sur l’immigration, les retraites, les dépenses sociales et la réduction des dépenses publiques, les marqueurs sont clairement à droite.

Alors oui, Édouard Philippe parle de justice sociale.

Oui, Gérald Darmanin parle des plus fragiles.

Oui, la baraque à frites est là pour rappeler que la France populaire existe.

Mais entre une frite et un discours sur « les valeurs », il reste encore à expliquer comment cette « droite sociale » entend concrètement améliorer le quotidien de ceux qui comptent chaque euro à la fin du mois.

Car repeindre la droite en « populaire » ne suffit pas forcément à la rendre populaire.

Et derrière les slogans de rassemblement, une réalité demeure : Édouard Philippe ne cherche pas à déplacer la droite vers le centre. Il cherche surtout à faire du centre une extension de la droite.

La campagne ne fait que commencer.

Et visiblement, les grandes manœuvres aussi.

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