Ecole : Attal et Philippe se découvrent soudain une vocation… après quatre ans au pouvoir
À quelques jours de la rentrée scolaire, Gabriel Attal et Édouard Philippe ont trouvé un nouveau terrain de bataille : l’école. Les deux anciens Premiers ministres, qui se disputent désormais l’héritage politique d’Emmanuel Macron, rivalisent de propositions pour sauver un système qu’ils ont pourtant eu tout le loisir de réformer lorsqu’ils étaient aux commandes.
Et c’est là que le spectacle devient franchement grinçant.
le grand retour des promesses
Gabriel Attal veut une loi de programmation pour l’école, sur le modèle de la défense, et promet un ministre de l’Éducation maintenu pendant cinq ans. Selon lui, l’école doit bénéficier de moyens politiques et budgétaires à la hauteur de ses missions.
Sur le papier, difficile de s’opposer.
Le problème, c’est que Gabriel Attal a lui-même occupé Matignon. Et en février 2024, son gouvernement avait annoncé l’annulation de 691 millions d’euros de crédits destinés à l’enseignement scolaire, dans le cadre d’un plan d’économies de 10 milliards d’euros.
Alors forcément, l’opposition s’engouffre dans la brèche : comment expliquer aujourd’hui qu’il ne faut surtout pas économiser sur l’école après avoir participé aux économies d’hier ?
Bienvenue dans le merveilleux monde des campagnes présidentielles, où les convictions semblent parfois bénéficier d’une étonnante mise à jour automatique.
philippe promet 20 % de plus aux enseignants
Édouard Philippe n’est pas venu les mains vides.
Le candidat Horizons propose d’augmenter de 20 % la rémunération moyenne des enseignants en cinq ans.
Une promesse spectaculaire, forcément populaire dans une profession qui réclame depuis des années une meilleure reconnaissance salariale.
Mais là encore, le doute s’installe : combien cela coûterait-il réellement ?
La proposition représente une dépense considérable pour l’État, alors même qu’Édouard Philippe défend parallèlement une politique de réduction des dépenses publiques.
Autrement dit : plus de salaire, moins de dépenses.
La quadrature du cercle budgétaire version présidentielle.
autonomie : attention à l’école à plusieurs vitesses
Édouard Philippe veut également relancer l’autonomie des établissements.
Programmes nationaux, mais davantage de liberté pour organiser les classes, les rythmes scolaires et les méthodes pédagogiques. Il souhaite aussi renforcer les évaluations de « performance » des établissements.
Une idée qui fait immédiatement grincer des dents à gauche.
Jean-Luc Mélenchon accuse les deux anciens Premiers ministres de vouloir « dynamiter l’école publique » et redoute une reproduction du modèle d’autonomie universitaire.
Car derrière le mot « autonomie », une question explosive se pose : toutes les écoles auront-elles réellement les mêmes moyens pour exercer cette liberté ?
Entre un établissement favorisé d’un centre-ville et un collège confronté à des difficultés sociales majeures, l’autonomie pourrait rapidement devenir synonyme de concurrence et accentuer les fractures territoriales.
quatre ans à matignon… et maintenant les solutions miracles
C’est probablement le point le plus savoureux de cette bataille.
Gabriel Attal et Édouard Philippe ont, à eux deux, occupé Matignon pendant près de quatre ans sous Emmanuel Macron.
Ils ont donc été au cœur du pouvoir.
Ils avaient les bureaux, les ministères, les administrations, les arbitrages budgétaires et surtout… le pouvoir de décider.
Et aujourd’hui, à quelques mois de la présidentielle, ils expliquent chacun comment il faudrait enfin régler les problèmes de l’école.
La question qui fâche est donc toute simple :
Pourquoi ne l’ont-ils pas fait lorsqu’ils étaient au gouvernement ?
attal contre philippe : la guerre des héritiers
Derrière l’école, c’est évidemment une autre bataille qui se joue : qui sera le véritable héritier du macronisme version droite et centre ?
Gabriel Attal revendique son avance récente et assure être désormais au coude-à-coude avec Édouard Philippe dans les sondages.
Il attaque directement son rival, lui reprochant de vouloir ressusciter « l’UMP d’il y a vingt ans » avec « ceux d’il y a vingt ans ».
Une pique qui vise notamment les soutiens de Philippe et les ralliements enregistrés ces dernières semaines.
En face, l’entourage du maire du Havre dénonce une forme d’immaturité et appelle au rassemblement.
Traduction politique : les sourires de façade sont terminés.
la rentrée scolaire comme répétition générale
À quelques jours du retour des élèves en classe, l’école est donc devenue le ring idéal pour les deux candidats.
Attal promet de sanctuariser la politique éducative.
Philippe promet de mieux payer les enseignants et de donner davantage de liberté aux établissements.
Chacun déroule son programme.
Mais derrière les annonces, une question reste suspendue dans l’air : comment financer tout cela alors que les mêmes candidats parlent aussi de réduire les dépenses publiques ?
Le débat ne fait que commencer.
Et si l’école est déjà le premier champ de bataille entre les deux prétendants, une chose est certaine : la présidentielle 2027 n’a pas encore commencé officiellement, mais les couteaux sont déjà sortis.
La rentrée promet d’être studieuse.
La campagne, elle, risque surtout d’être saignante.
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