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le Rassemblement National voulait jouer la cravate, il ressort le voile

 

   Il aura suffi d’une phrase de Jean-Philippe Tanguy pour faire tomber le décor. Derrière la communication policée, les costumes bien taillés et les discours sur le « sérieux » gouvernemental, le Rassemblement national retrouve soudain ses vieux réflexes. Et surtout, ses vieilles obsessions.

Pendant tout l’été, le RN s’est fait discret. Marine Le Pen candidate, Jordan Bardella en chef de parti, séminaires à huis clos et programme soigneusement gardé sous cloche : surtout ne rien brusquer, ne pas donner prise aux adversaires, continuer à polir l’image d’un parti qui rêve désormais de franchir les portes de l’Élysée.

Puis Jean-Philippe Tanguy a parlé.

Et le vernis a commencé à craquer.

Sur BFMTV, le député proche de Marine Le Pen a remis sur la table l’interdiction du port du voile et même le principe d’une amende pour les femmes qui ne respecteraient pas cette interdiction.

Le sujet n’est pas nouveau. Mais le timing, lui, est dévastateur.

Car le RN voudrait désormais nous convaincre qu’il n’est plus celui d’hier. Qu’il a changé. Qu’il est prêt à gouverner. Qu’il est devenu respectable, responsable, presque banal.

Et puis, soudain, retour du voile.

Comme un vieux réflexe qui remonte à la surface.

le grand numéro du « ce n’est pas ce que vous croyez »

La suite est encore plus savoureuse.

Face au tollé, le RN commence immédiatement à expliquer ce que Jean-Philippe Tanguy aurait voulu dire.

Andréa Kotarac assure qu’il n’y aura pas d’amendes forfaitaires contre les femmes voilées au lendemain d’une victoire électorale.

Jordan Bardella précise qu’il ne veut pas instaurer de « police du vêtement ».

Jean-Philippe Tanguy revient à son tour pour expliquer que personne ne mènera « la chasse aux femmes voilées ».

Marine Le Pen, elle, préfère emballer la mesure dans une « grande loi de lutte contre les idéologies islamistes ».

On avait donc une interdiction. Puis une amende. Puis plus vraiment d’amende. Puis pas de police du vêtement. Puis un débat de société. Puis un référendum.

À ce stade, ce n’est plus une ligne politique.

C’est une ligne à géométrie variable.

Le problème est précisément là : Jean-Philippe Tanguy avait présenté la mesure comme « tranchée » en interne.

Mais une mesure « tranchée » qui nécessite immédiatement trois dirigeants pour expliquer qu’il ne faut surtout pas la comprendre comme elle vient d’être annoncée ressemble davantage à une improvisation qu’à un programme présidentiel parfaitement maîtrisé.

le RN découvre soudain la constitution

Et puis il y a le petit détail que le débat politique adore généralement oublier : la Constitution.

Le RN promet désormais un référendum pour régler la question.

Sauf que l’article 11 de la Constitution ne permet pas de soumettre n’importe quelle question aux Français.

Les libertés fondamentales, la liberté de conscience et la liberté religieuse ne disparaissent pas simplement parce qu’un parti dispose d’une majorité électorale.

Le Conseil constitutionnel pourrait donc rapidement devenir le véritable arbitre de cette promesse.

Et là encore, le RN se retrouve face à un problème embarrassant.

Gouverner, ce n’est pas seulement promettre. C’est aussi respecter le droit.

Une évidence qui semble parfois revenir à l’esprit du parti après la conférence de presse.

Le constitutionnaliste Benjamin Morel souligne d’ailleurs les sérieux obstacles juridiques auxquels se heurterait une interdiction du voile fondée sur des motifs religieux.

Alors le RN change de vocabulaire.

Ce n’est plus le voile religieux.

Ce serait le symbole d’une « idéologie islamique ».

Même mesure, nouvelle étiquette.

Une prouesse politique qui ferait presque passer un changement de packaging pour une réforme constitutionnelle.

la dédiabolisation prend un sérieux coup de vieux

Voilà surtout le vrai problème pour Marine Le Pen.

Depuis des années, le RN travaille son image.

Fini les provocations permanentes. Place au costume, aux éléments de langage maîtrisés, aux visites d’entreprises, aux discours économiques et à la posture présidentielle.

Jordan Bardella soigne son image. Marine Le Pen veut apparaître comme une candidate prête à gouverner.

Le parti veut convaincre qu’il est devenu fréquentable.

Et pourtant, dès qu’un sujet identitaire revient sur la table, les vieilles mécaniques ressortent du placard.

Le voile, l’islam, l’identité, l’immigration : autant de thèmes qui ont longtemps constitué le carburant électoral du Front national puis du Rassemblement national.

Le changement de nom n’a pas fait disparaître les vieux débats.

Il les a simplement rangés dans une armoire.

Et Jean-Philippe Tanguy vient d’ouvrir la porte.

le coup de grâce : tout le monde n’est même pas d’accord

Le plus embarrassant n’est finalement peut-être même pas la polémique.

C’est la cacophonie.

Un responsable affirme une chose.

Un autre la nuance.

Jordan Bardella recadre.

Jean-Philippe Tanguy explique.

Marine Le Pen reformule.

Et pendant que tout le monde tente de remettre la machine sur les rails, les adversaires politiques se régalent.

Édouard Philippe dénonce une atteinte au principe de liberté religieuse.

Gabriel Attal parle de « désaccord radical ».

Bruno Retailleau qualifie la proposition de « populisme » et de « démagogie ».

Jean-Luc Mélenchon saute évidemment sur l’occasion pour accuser le RN de ne pas avoir changé.

Le cadeau était emballé. Il ne restait plus qu’à l’ouvrir.

quand le voile fait tomber le masque

Le RN voulait parler de son futur programme.

Il voulait parler budget.

Il voulait parler pouvoir d’achat.

Il voulait parler gouvernement.

Il voulait montrer qu’il était prêt.

Mais au lieu de cela, toute la séquence politique tourne autour d’une question vieille de quatorze ans.

Et c’est probablement cela, le plus cruel pour Marine Le Pen.

À force de vouloir démontrer que le RN a changé, chaque retour d’une vieille proposition rappelle précisément ce qu’il cherche à faire oublier.

Le parti peut changer ses costumes.

Changer ses slogans.

Changer ses méthodes de communication.

Changer ses visages.

Mais lorsqu’une proposition controversée ressurgit et que la machine interne se met aussitôt à bégayer, les Français sont en droit de se demander si la transformation est profonde… ou simplement cosmétique.

Le RN voulait jouer la cravate.

Jean-Philippe Tanguy vient de ressortir le voile.

Et soudain, derrière le costume présidentiel, le vieux logiciel vient de faire une mise à jour très visible.

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