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Darmanin soutient Philippe… mais lui plante déjà quelques banderilles

    Présidentielle : le soutien de Gérald Darmanin à Édouard Philippe ressemble davantage à un mariage de raison qu’à un coup de foudre politique.

Le soutien est officiel. L’enthousiasme, beaucoup moins.

Dans un entretien accordé ce mardi 18 août à La Voix du Nord, Gérald Darmanin annonce qu’il soutiendra Édouard Philippe pour la prochaine présidentielle. Sur le papier, le ministre de la Justice choisit donc le maire du Havre. Mais à la lecture de ses déclarations, une drôle d’impression domine : Darmanin soutient Philippe… tout en expliquant méthodiquement pourquoi il n’est pas totalement d’accord avec lui.

Loyal par pragmatisme, critique par conviction : voilà le drôle de tandem qui se dessine.

Un soutien… avec mode d’emploi

Darmanin assume : Édouard Philippe serait aujourd’hui le mieux placé dans le bloc central pour espérer succéder à Emmanuel Macron. Mais le ministre ne signe pas pour autant un chèque en blanc.

Bien au contraire.

Il insiste sur ses « grandes différences » avec l’ancien Premier ministre et commence par un sujet politiquement explosif : les retraites.

Darmanin rappelle clairement son opposition à l’idée d’un départ à 67 ans, défendue par Philippe en 2021.

« Je suis opposé à la retraite à 67 ans », martèle-t-il, tout en précisant qu’Édouard Philippe, lui, « n’a pour l’instant pas changé d’avis ».

Ambiance.

Difficile d’imaginer meilleure manière de rappeler aux électeurs que derrière l’affiche commune, les deux hommes ne jouent pas exactement la même partition.

La droite « baskets » contre la droite « mocassins » ?

C’est là que le discours de Darmanin devient particulièrement intéressant.

Le ministre revendique une droite sociale et populaire, attentive aux frustrations et aux difficultés du quotidien. Face à lui, Édouard Philippe reste associé à une droite plus technocratique, libérale et gestionnaire.

En résumé : la droite des baskets contre la droite des mocassins.

Et Darmanin semble bien décidé à occuper cet espace populaire.

Il évoque même Xavier Bertrand, dont il vante la « fibre sociale », pour former ce qu’il considère comme un possible duo autour d’Édouard Philippe.

Le message est limpide : si Philippe veut gagner, il devra aller chercher les électeurs populaires qui ont progressivement déserté la macronie.

« Je l’appelle à faire l’effort »

Comme si cela ne suffisait pas, Gérald Darmanin adresse également quelques conseils à son champion.

Il l’appelle à faire « l’effort », à écouter les critiques et à accepter la recomposition politique.

Autrement dit : Édouard Philippe doit encore convaincre.

Et surtout, il doit montrer ce qu’il peut réellement apporter aux Français.

Une façon plutôt musclée, pour un soutien officiel, de rappeler que la candidature du Havrais ne déclenche pas encore une vague d’enthousiasme populaire.

Darmanin ne déroule d’ailleurs pas un catalogue de mesures de Philippe qu’il applaudirait sans réserve. Il préfère mettre en lumière ce qui coince, ce qui doit évoluer, ce qui doit être corrigé.

Un soutien qui ressemble à une prise de contrôle ?

Alors, que joue réellement Gérald Darmanin ?

Simple soutien loyal ? Stratégie politique ? Tentative d’infléchir la campagne ? Ou préparation de la suite ?

Ses proches assurent qu’il cherche surtout à apporter ce qui pourrait manquer à la candidature Philippe : une dimension sociale, populaire et politique plus affirmée.

Mais le résultat est pour le moins déroutant.

Car lorsqu’on soutient un candidat à l’Élysée, on s’attend généralement à vanter ses qualités, son projet et sa capacité à rassembler.

Darmanin, lui, commence surtout par expliquer tout ce qui doit changer.

Philippe dit avoir compris le message

Édouard Philippe n’a évidemment pas laissé passer l’occasion.

Dans son message de remerciement, le maire du Havre affirme partager « l’exigence » de Darmanin : préparer la France de demain, ne laisser personne de côté, rassembler, garantir l’autorité de l’État, les libertés et la justice sociale.

Le mot est lâché : complémentarité.

Reste désormais à savoir si cette complémentarité sera une force… ou le signe d’une campagne encore à la recherche de son identité.

Car derrière les sourires et les poignées de main, une question demeure : Darmanin soutient-il vraiment Édouard Philippe… ou soutient-il surtout la possibilité de peser sur ce que sera la candidature Philippe ?

Une chose est certaine : ce n’est pas un soutien béat. C’est un soutien sous conditions.

Et dans une campagne présidentielle, les petites piques d’aujourd’hui peuvent parfois devenir les grandes fractures de demain.

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