Bac : le coup de colère d’Édouard Geffray tourne au fiasco
Il voulait un électrochoc. Il récolte une bronca.
À peine les résultats du baccalauréat publiés, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, espérait voir les chiffres confirmer son discours sur un examen redevenu plus exigeant. Raté. Avec 91,4 % de réussite, le bac résiste aux effets d’annonce et laisse le ministre face à une réalité moins spectaculaire que ses déclarations.
La réaction ne s’est pas fait attendre. Réunions d’urgence, recadrages, visioconférences improvisées, pression sur les inspecteurs… En quelques jours, le ministère a donné l’impression de chercher des responsables plutôt que des explications.
Pour de nombreux inspecteurs, la méthode a laissé un goût amer. Modifier la philosophie d’une correction une fois les copies rendues ? « On ne change pas les règles au milieu du match », résume l’un d’eux. D’autres dénoncent une communication politique déconnectée des réalités du terrain, où les barèmes sont élaborés des mois à l’avance et ne se réécrivent pas sur un coup de colère.
Le paradoxe est saisissant. En voulant afficher davantage de fermeté, le ministre a surtout mis en lumière les dysfonctionnements de sa propre administration. Les consignes nationales qu’il invoque n’avaient pas été pleinement intégrées dans les barèmes de correction. Difficile, dans ces conditions, de faire porter la responsabilité aux correcteurs ou aux inspecteurs.
Au sein de l’Éducation nationale, beaucoup y voient une séquence révélatrice d’une gouvernance verticale : beaucoup de communication, peu de préparation, et une tendance à transformer un débat pédagogique complexe en bataille médiatique.
Le fond du dossier mérite pourtant mieux qu’un coup d’éclat. Oui, la maîtrise de l’expression écrite est un enjeu majeur. Oui, le niveau en français interroge depuis plusieurs années. Mais croire qu’il suffirait d’une déclaration ministérielle pour relever le niveau d’un examen national relève davantage du slogan que de la politique éducative.
Les syndicats parlent d’un faux débat. Selon eux, la qualité de la langue s’améliore d’abord par la formation, les moyens accordés à l’école et le temps consacré aux apprentissages, bien avant les consignes de correction du baccalauréat.
À force de vouloir incarner l’autorité, Édouard Geffray se retrouve confronté à un constat embarrassant : l’autorité ne se décrète pas par conférence de presse. Elle se construit, se prépare et s’exerce avec ceux qui font vivre l’école au quotidien.
Cette séquence laissera sans doute une trace. Non pas parce que le taux de réussite au bac a changé de quelques dixièmes de point, mais parce qu’elle révèle les tensions d’une institution où la communication politique semble parfois courir plus vite que la réalité du terrain.
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