Commission sur l’audiovisuel public : le rapport qui menace de faire imploser l’Assemblée

Auditions houleuses, accusations en vol, culture du clash et stratégie de victimisation… La commission parlementaire sur l’audiovisuel public, présidée par Charles Alloncle (UDR), proche de Jordan Bardella, a mis le feu aux poudres pendant des mois. À la veille d’un vote décisif à huis clos sur la publication ou non de son rapport, la tension est à son comble. Entre coup de théâtre politique et tentative d’enterrement d’un travail contesté, retour sur une séquence qui pourrait laisser des traces profondes.


Le parlement, nouvelle arène du clash médiatique

Pendant six mois, la commission parlementaire sur l’audiovisuel public n’aura ressemblé à aucune autre. Loin des débats feutrés, ses travaux ont été rythmés par des passes d’armes spectaculaires, des suspensions de séance et des accusations croisées. L’homme au centre de la tempête : le député Charles Alloncle (Union des droites pour la République), figure montante du ciottisme et affidé de Jordan Bardella.

À 34 ans, ce rapporteur inconnu du grand public a trouvé là une tribune idéale pour se faire un nom. Sa méthode ? Multiplier les attaques frontales contre les dirigeants et vedettes du service public, sortir du protocole, filmer ses interventions pour les réseaux sociaux, et cultiver une posture de pourfendeur des élites médiatiques. « Du pur Andrew Tate version commission parlementaire », résume un député macroniste sous couvert d’anonymat.

Mais le 27 avril 2026, le rideau pourrait tomber brutalement. Ce jour-là, à huis clos, les 31 députés de la commission voteront à la majorité simple pour autoriser – ou non – la publication du rapport final. Une procédure rarissime qui, d’ordinaire, n’est qu’une formalité. Sauf qu’ici, l’incertitude est totale.


Un piège à double tranchant pour les députés

Les membres de la commission le savent : quel que soit leur choix, ils perdent.

  • Voter contre la publication ? Charles Alloncle pourra aussitôt jouer la carte du « martyr censuré » auprès de ses troupes, dénonçant un « système » qui l’empêche de dire « les vérités qui fâchent ».

  • Voter pour la publication ? Ils entérinent alors un travail que beaucoup jugent biaisé, partial, voire mensonger.

« On est dos au mur », soupire Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), président de la commission, qui n’a cessé de s’opposer frontalement au rapporteur. Leur relation exécrable, faite d’interruptions musclées et de recadrages en direct, a régulièrement paralysé les travaux.


67 auditions, 234 personnes convoquées… pour quel bilan ?

Sur le fond, qu’a réellement produit cette commission ? Une accumulation hétéroclite d’attaques, parfois infondées, souvent sorties de leur contexte.

🔹 Sur la gestion financière : Alloncle a martelé l’idée d’une « quasi-faillite » de l’audiovisuel public, évoquant des « frais de cocktails » à près d’un million d’euros. La réalité ? Il s’agissait de frais de repas pour les salariés travaillant pendant le Covid-19, cantines fermées.

🔹 Sur Mediawan : Le rapporteur a laissé planer le soupçon d’une société contrôlée par des intérêts étrangers. Or, les dirigeants ont produit des preuves d’un actionnariat majoritairement français.

🔹 Sur les choix éditoriaux : Accusé de partialité, le rédacteur en chef de Complément d’enquête a calmement rappelé l’équilibre strict des portraits politiques : « cinq à gauche, cinq à droite, un au centre ».

🔹 Sur les personnalités : Léa Salamé, mise en cause pour son mariage avec Raphaël Glucksmann, a coupé court : « Mon stylo ne tient qu’à ma main. Et s’il est candidat, je quitterai le 20 heures. »

Malgré tout, certaines interpellations ont porté : frais de taxi en hausse, pantouflage de cadres vers des sociétés privées, comptabilité analytique perfectible… Mais rien qui justifie, selon plusieurs députés, le déluge médiatique organisé par Alloncle.


Une stratégie claire : jeter le discrédit pour mieux privatiser ?

Derrière les outrances, un objectif politique se dessine. Depuis des mois, le rapporteur s’emploie, selon ses détracteurs, à une « CNewsisation » des débats : reprises en boucle des mêmes accusations, montages agressifs sur X (ex-Twitter), et emprunts assumés à la rhétorique conservatrice américaine du liberal bias, qui voit dans chaque journaliste un ennemi de droite.

« Ce n’est pas une commission d’évaluation, c’est une machine de guerre idéologique », dénonce la PDG de Radio France Sibyle Veil, qui a écrit au président de l’Assemblée pour dénoncer des « déformations publiques ». Samuel Étienne, animateur et cible de harcèlement en ligne après un tweet d’Alloncle, parle d’une « escalade dangereuse ».

Pour l’entourage du rapporteur, au contraire, il s’agit simplement de « rétablir la vérité » et de « bousculer une caste qui se protège ».

Mais les observateurs y voient un dessein plus large : préparer l’opinion à une réduction drastique, voire à une privatisation partielle de l’audiovisuel public. « On érode la confiance à coups de pioche, pour qu’un jour on accepte de vendre la maison », alerte un cadre de France Télévisions.


27 avril, le vote qui peut tout changer

À l’heure où ces lignes sont écrites, les députés de la commission sont en train de prendre connaissance du texte final, dans une confidentialité absolue. L’issue du vote demeure incertaine.

Dans les couloirs de l’Assemblée, certains murmurent que Charles Alloncle lui-même souhaiterait secrètement un refus de publication, pour endosser un costume de lanceur d’alerte bâillonné. D’autres croient encore que le rapport, malgré ses outrances, sera publié – mais accompagné de réserves solennelles de plusieurs groupes.

Une certitude : quel que soit le résultat, cette commission aura marqué un tournant. Celui de la brutalisation des travaux parlementaires. Celui d’une défiance devenue méthode politique. Et peut-être, celui d’un dernier baroud d’honneur avant un grand démontage du service public à la française.

Rendez-vous le 27 avril.

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