Audiovisuel public : le rapport choc adopté sur le fil, l’Assemblée se déchire

Après quatre mois d’auditions sous tension, la commission d’enquête a livré lundi soir un verdict de justesse. Sur 400 pages, le rapporteur Charles Alloncle propose un milliard d’euros d’économies, la suppression de France 4 et Mouv’, et une fusion France 2/France 5. Un texte idéologique adopté au forceps.

Rarement un document parlementaire aura tenu la République en haleine. Ce lundi 27 avril, au terme d’une réunion électrique de plus de quatre heures à huis clos, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public a échappé à l’implosion. Le rapport controversé de 388 pages, fruit d’auditions explosives menées sous la menace permanente d’une censure politique, sera finalement publié. Par 12 voix contre 10 (et 9 abstentions), l’Assemblée nationale a donné son sceau à un texte que ses propres détracteurs qualifient déjà de « chiffon idéologique ».

L’accord, trouvé sur le fil en début de soirée, ressemble à une perfusion administrée à une commission au bord du coma. En coulisses, les élus du « bloc central » ont longtemps oscillé entre deux frayeurs : valider un document susceptible de « détruire le service public » ou s’exposer à un procès en « censure » immédiatement instrumentalisé par l’extrême droite.

Un rapport qui saigne

Ce que révèlent les fuites de ces dernières heures suffirait à déclencher une grève générale à la Maison ronde : disparition pure et simple de France 4 et de Mouv’, fusion forcée de France 2 et France 5, et coupe franche d’un quart des crédits alloués par l’État, soit plus d’un milliard d’euros d’économies. La somme, selon Charles Alloncle, ne serait pas réinvestie dans la création ou l’indépendance rédactionnelle, mais flècherait directement vers « l’entretien du patrimoine » et le désendettement du pays. Une orientation que le rapporteur de l’Hérault assume comme un « réarmement budgétaire ».

Sur les bancs de l’opposition, l’indignation ne tient pas dans un prompteur.

« Nous engagerons la bataille ligne après ligne pour démontrer l’incohérence des propos », a rugi l’Insoumis Aurélien Saintoul, tandis que la socialiste Ayda Hadizadeh tance : « L’Assemblée nationale doit être crédible. Publier ce rapport, c’est lui donner une légitimité qu’il n’a pas. »

Le RN aux abonnés absents… mais vainqueur

L’ambiance était autre côté LR et RN. François-Xavier Ceccoli (LR) a justifié son vote favorable par une litote de circonstance : « Les Français attendaient ce rapport. Cela ne veut pas dire que nous partageons son intégralité. » Les élus Rassemblement national, eux, ont approuvé sans trembler. Un paradoxe que n’a pas manqué de dénoncer l’écologiste Jérémie Iordanoff, furieux : « Le bloc central manque de courage. Ils donnent le point au RN. Cette commission a été instrumentalisée pour dézinguer l’audiovisuel public. »

Seule lueur d’apaisement dans ce champ de ruines institutionnelles : le président (Horizons) de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a voté « par souci de transparence vis-à-vis des Français », tout en concédant à l’AFP « des différences de méthode fondamentales » avec le rapporteur.

Publication dans une semaine

Le document de 400 pages sera rendu public dans sept jours. D’ici là, le service public retient son souffle. Et les députés qui ont voté « pour » en serrant les dents vont devoir expliquer, en circonscription, pourquoi ils ont choisi de ne pas censurer un rapport qui censure, lui, des milliers d’emplois.

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