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Incendies : tous coupables, personne responsable

 

Pendant que des milliers d’hectares disparaissent sous les flammes, Paris s’embrase d’une tout autre manière : celle des règlements de comptes politiques. Chacun désigne un coupable, chacun réécrit son histoire, chacun prétend avoir défendu les pompiers. Pourtant, lorsqu’on remonte le fil des votes et des décisions, une vérité beaucoup moins confortable apparaît : la responsabilité est largement partagée.

L’été 2026 s’impose déjà comme l’un des plus destructeurs de ces dernières décennies. Plus de 50 000 hectares ont été réduits en cendres entre la Gironde, les Landes et le Var. Sur le terrain, les sapeurs-pompiers enchaînent les interventions jusqu’à l’épuisement. À Paris, en revanche, c’est une autre spécialité qui domine : l’art de se renvoyer la fumée.

Le pouvoir macroniste concentre naturellement les critiques. Après neuf années à l’Élysée, Emmanuel Macron ne peut plus invoquer l’héritage de ses prédécesseurs. Les choix budgétaires portent désormais sa signature. Gabriel Attal est notamment accusé d’avoir réduit les crédits de la Sécurité civile lors de son passage à Matignon, une décision qui a repoussé l’acquisition de deux Canadair supplémentaires. Dans un contexte où chaque appareil peut faire la différence, cette économie budgétaire résonne aujourd’hui comme une faute politique lourde.

Mais réduire le débat à une simple accusation contre l’exécutif serait aussi confortable qu’incomplet.

À droite comme à l’extrême droite, les contradictions sautent aux yeux. Le Rassemblement national tente aujourd’hui d’endosser le costume du défenseur des territoires sinistrés. Pourtant, son historique en matière environnementale raconte une autre histoire. En 2025, le parti proposait la suppression de l’Office français de la biodiversité, qualifié d’organisme idéologique. Une mesure également défendue par une partie des Républicains, cette fois au nom des économies budgétaires. Supprimer un acteur chargé de protéger les espaces naturels pendant que les forêts brûlent ? L’image résume à elle seule les ambiguïtés d’un discours qui découvre soudain les vertus de l’écologie lorsque les incendies remplissent les journaux télévisés.

La gauche n’échappe pas non plus aux incohérences.

En 2023, la loi destinée à renforcer la prévention contre les incendies est devenue l’un des exemples les plus caricaturaux des postures parlementaires. La France insoumise vote finalement contre le texte, estimant qu’il reste largement insuffisant et qu’il ne répond pas au manque chronique de moyens accordés aux pompiers. Sur le fond, les critiques étaient réelles. Mais dans le débat public, ce vote est devenu une arme politique utilisée pour accuser le mouvement d’avoir rejeté une loi destinée à protéger les forêts. La réalité est plus complexe : les députés insoumis avaient soutenu plusieurs dispositions avant de rejeter un texte jugé trop timide.

Pendant ce temps, socialistes, écologistes et communistes choisissent de voter le compromis malgré leurs réserves. Une démonstration supplémentaire que les votes de l’Assemblée relèvent souvent davantage de calculs politiques que d’oppositions idéologiques franches.

Puis arrive le grand théâtre budgétaire.

À l’automne 2025, tout le monde affirme vouloir davantage de moyens pour les SDIS. Tout le monde… mais à condition que ce soit le voisin qui paie. La gauche propose de solliciter davantage les assureurs. Refus de la droite, du RN et des macronistes. Le RN veut réaffecter une partie des financements de la branche famille. Refus immédiat de la gauche. Chacun campe sur ses lignes rouges. Résultat : les pompiers n’obtiennent pratiquement rien.

Une fois encore, les grands discours s’écrasent contre les calculs partisans.

La conclusion dérange parce qu’elle ne satisfait aucun camp.

Oui, le pouvoir porte une responsabilité majeure après des années d’arbitrages budgétaires qui ont fragilisé les services publics. Oui, l’opposition a souvent préféré les symboles aux compromis. Oui, droite, gauche, extrême droite et majorité ont chacun, à différents moments, sacrifié l’intérêt général sur l’autel de la tactique parlementaire.

Pendant que les députés collectionnent les procès d’intention, les soldats du feu collectionnent les heures supplémentaires, les interventions et les risques.

Les incendies, eux, ne votent ni à droite ni à gauche.

Ils consument simplement les forêts… pendant que la classe politique continue d’alimenter un brasier dont elle est, collectivement, l’un des principaux pyromanes.

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