Actu

Macron, garant… ou déjà en campagne ?

 

   À sept mois de la présidentielle de 2027, Emmanuel Macron assure vouloir rester au-dessus de la mêlée. Mais sa réunion à huis clos avec les principaux responsables politiques et candidats à sa succession, suivie d’une conférence de presse très politique, relance une question qui dérange : où s’arrête le rôle de président de la République et où commence celui d’un acteur de la campagne ?

Le décor est planté. Guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, menaces hybrides russes, flambée des prix de l’énergie et carburants à des niveaux historiques : Emmanuel Macron a choisi de remettre les crises internationales au centre du débat.

Officiellement, pas question de faire campagne.

Le chef de l’État affirme vouloir être un « garant », et non un « commentateur de la vie politique ». Pourtant, le 18 septembre, il a réuni à l’Élysée les principaux responsables des forces politiques représentées au Parlement ainsi que leurs candidats, avec la participation des responsables du renseignement et de la défense.

Une réunion à huis clos de près de trois heures, suivie d’une conférence de presse.

Pas vraiment le format d’un président qui souhaiterait disparaître du débat politique.

 

 

quand l’élysée devient le centre du débat présidentiel

Emmanuel Macron voulait informer. Il a surtout replacé l’Élysée au cœur du jeu.

Face aux responsables politiques, le président a détaillé les menaces liées à la Russie, la situation en Ukraine et les conséquences de la guerre au Moyen-Orient. Il a également insisté sur la nécessité de protéger les infrastructures critiques françaises face aux risques cyber et aux attaques de drones.

Sur le papier, l’argument est solide : les conséquences de ces crises concernent directement la sécurité et la vie quotidienne des Français.

Mais politiquement, le calendrier interpelle.

À quelques mois de l’élection présidentielle, le président sortant impose une nouvelle fois son agenda au débat national : sécurité, guerre, énergie, Russie, Ukraine, Ormuz.

Et pendant ce temps, les Français regardent surtout leur ticket de caisse… et leur compteur de carburant.

2,39 euros le litre : la colère monte

Le problème est là.

Alors que le prix moyen du gazole a atteint 2,39 euros le litre selon les données évoquées lors de la conférence de presse, la question du pouvoir d’achat devient explosive.

Macron assume une ligne claire : selon lui, cette flambée est avant tout la conséquence de la situation géopolitique et non d’une décision gouvernementale.

« La France ne l’a pas choisie », martèle-t-il en parlant de la guerre et de ses conséquences sur l’énergie.

Le président met en avant l’action diplomatique française pour tenter de faciliter la réouverture du détroit d’Ormuz, sécuriser les approvisionnements et faire baisser les tensions sur les marchés énergétiques. Il a également annoncé la tenue prochaine d’un G7 consacré à l’énergie.

Mais pour ceux qui prennent leur voiture tous les jours pour aller travailler, la géopolitique ne paie pas le plein.

Et c’est précisément là que le discours présidentiel risque de se fracasser contre la réalité quotidienne.

« soyez unis »… pendant que la colère gronde

Emmanuel Macron appelle à l’unité nationale et rappelle que les mobilisations sociales restent légitimes.

Mais il prévient aussi : protester contre des conséquences qu’il attribue à des événements internationaux ne produirait pas nécessairement de solution directement contrôlable par le gouvernement.

Une réponse qui risque de laisser sur leur faim ceux qui réclament des mesures immédiates sur les prix.

Blocage des prix, baisse de fiscalité, soutien aux ménages : les pistes sont sur la table.

Mais le chef de l’État insiste également sur les contraintes des finances publiques.

Autrement dit : agir, oui. Dépenser sans compter, non.

et pendant ce temps, 2027 se rapproche…

C’est ici que le débat devient éminemment politique.

Emmanuel Macron ne pourra pas briguer un troisième mandat consécutif. Mais il reste jusqu’en 2027 le président de la République, avec une capacité considérable à fixer le calendrier, imposer les sujets et occuper l’espace médiatique.

Et chaque prise de parole présidentielle devient donc scrutée à l’aune de la présidentielle à venir.

La réunion du 18 septembre illustre parfaitement cette ambiguïté : Macron affirme ne pas vouloir commenter la campagne, mais il réunit ceux qui vont la mener et place lui-même les crises internationales au sommet de l’agenda.

À chacun désormais de se faire son opinion sur la portée politique de cette séquence.

Une chose est certaine : le président n’est pas candidat à sa succession, mais l’ombre du macronisme plane toujours sur 2027.

Et alors que les prix de l’énergie pourraient continuer à peser lourdement sur les ménages, le prochain affrontement électoral risque de se jouer autant sur la facture à la pompe que sur les grands discours géopolitiques.

La présidentielle est encore loin. Mais le débat, lui, a déjà commencé.

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *