Raphaël Glucksmann ou le grand retour de la gauche hors-sol
Avec « Nous avons encore envie », l’eurodéputé tente de se réinventer en candidat du peuple. Mais derrière les slogans patriotiques et les conventions citoyennes, la nouvelle gauche continue de parler beaucoup… sans jamais convaincre les Français.
Le 28 mai paraît Nous avons encore envie (Allary Éditions), le nouveau livre de Raphaël Glucksmann. Un ouvrage présenté comme le point de départ de sa précampagne présidentielle pour 2027. Après des années passées à Bruxelles à défendre l’Union européenne, les Ouïghours ou encore la cause ukrainienne, l’eurodéputé cherche désormais à convaincre qu’il comprend enfin les préoccupations concrètes des Français.
Le problème ? Les Français entendent ce discours depuis des années. À chaque élection, la nouvelle gauche promet de « reconnecter » avec le pays réel. Et à chaque fois, elle replonge dans les mêmes recettes technocratiques, les mêmes postures morales et les mêmes concepts abstraits.
Car derrière les belles déclarations de Raphaël Glucksmann sur « la France aux Français », difficile de ne pas voir une opération de communication soigneusement calibrée. L’ancien ministre macroniste Aurélien Rousseau tente de rassurer : « Raphaël est véritablement passionné et habité par la France ». Une précision révélatrice. Lorsqu’un camp politique doit répéter qu’il aime la France, c’est souvent qu’une partie du pays en doute déjà.
Immigration : encore des conventions, jamais de décisions
Le sujet est explosif, et Glucksmann sait qu’il ne peut plus l’éviter. Dans son livre, il affirme que « l’immigration zéro n’est ni souhaitable, ni possible », tout en reconnaissant que « s’installer en France n’est pas un droit universel ». Une manière de durcir légèrement le ton sans rompre avec les réflexes habituels de la gauche.
Mais la solution proposée illustre parfaitement les limites de cette nouvelle gauche : une convention citoyenne sur l’immigration.
Encore.
Quand les Français demandent des frontières maîtrisées, une justice efficace et des expulsions appliquées, la gauche répond… par des débats, des panels tirés au sort et des consultations. Comme si le problème principal du pays était un manque de réunions publiques.
Cette obsession procédurale traduit surtout une incapacité chronique à trancher. Pendant que les classes populaires constatent la dégradation de certains quartiers, la saturation des services publics et la montée de l’insécurité, les élites progressistes continuent d’organiser des « espaces de dialogue ».
Une gauche qui découvre tardivement le patriotisme
Plus surprenant encore : Raphaël Glucksmann parle désormais de « fierté d’être Français », de « contrat patriotique » et même de « France des pavillons ».
Il y a encore quelques années, ces thèmes étaient moqués par une partie de la gauche culturelle, accusés de flatter le « repli identitaire » ou les « instincts conservateurs ». Désormais, la nouvelle gauche tente de récupérer ces notions après les avoir abandonnées pendant des décennies.
Mais les Français voient bien la contradiction.
Comment prétendre défendre la nation tout en transférant toujours plus de souveraineté à Bruxelles ? Comment parler de patriotisme quand une partie de la gauche explique depuis des années que les frontières seraient dépassées et que l’identité nationale serait suspecte ?
Ce virage ressemble moins à une conviction profonde qu’à un ajustement électoral face à l’effondrement de la gauche traditionnelle dans les classes populaires.
Retraites, travail : des promesses sans colonne vertébrale
Sur les retraites, Raphaël Glucksmann promet une réforme « juste et ambitieuse », tenant compte de la pénibilité et des bouleversements démographiques. Une formule suffisamment vague pour contenter tout le monde… et ne froisser personne.
Même flou sur le travail et le pouvoir d’achat. Le candidat potentiel évoque un « nouveau contrat social et fiscal favorable aux travailleurs », avec un rééquilibrage entre capital, héritage et travail.
Mais où sont les mesures concrètes ? Où sont les chiffres ? Où sont les économies ?
La nouvelle gauche continue de croire qu’un changement de vocabulaire suffit à masquer l’absence de ligne économique claire. Or les Français ne réclament plus des concepts généreux : ils veulent des résultats tangibles.
Le retour du logiciel moral
L’une des propositions les plus révélatrices reste l’instauration d’un service civique obligatoire. Présenté comme un moyen de recréer du lien national, ce projet traduit surtout la vieille tentation pédagogique de la gauche : rééduquer la société plutôt que résoudre ses fractures.
Même logique avec le « passeport pour l’émancipation » destiné à financer des colonies de vacances. Derrière l’idée sympathique se cache encore cette croyance que l’État peut réparer seul la crise culturelle, familiale et sociale que traverse le pays.
La nouvelle gauche semble incapable d’admettre une réalité pourtant simple : la fracture française ne vient pas seulement d’un manque de dispositifs publics, mais aussi d’un sentiment profond de déclassement, d’abandon et de perte de contrôle.
Une candidature construite contre Mélenchon… mais sans rupture réelle
Face à Jean‑Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann cherche à apparaître plus crédible, plus modéré et plus républicain. Il parle sécurité, immigration, patriotisme. Il tente d’incarner une gauche respectable et compatible avec l’exercice du pouvoir.
Mais derrière cette façade plus policée, le logiciel reste sensiblement le même : davantage de structures, davantage d’encadrement public, davantage de normes et une foi intacte dans les institutions supranationales.
Le véritable défi de Glucksmann n’est pas de séduire les éditorialistes parisiens ou les diplômés urbains déjà acquis à sa cause. Son défi est de convaincre la France périphérique, les ouvriers, les employés, les indépendants et tous ceux qui ont le sentiment d’avoir été abandonnés par la gauche depuis vingt ans.
Or cette mission paraît presque impossible tant la nouvelle gauche reste prisonnière de son entre-soi culturel.
Une opération de repositionnement plus qu’un projet de rupture
Avec Nous avons encore envie, Raphaël Glucksmann tente clairement d’élargir son image. Il veut apparaître moins européen et plus national, moins moraliste et plus concret, moins urbain et plus populaire.
Mais ce repositionnement arrive tard.
Les Français ont déjà entendu ce discours de reconquête populaire chez de nombreux responsables de gauche avant lui. Tous promettaient de renouer avec « le réel ». Tous finissaient par revenir aux mêmes réflexes technocratiques.
En cherchant à parler « de la France aux Français », Raphaël Glucksmann révèle surtout le problème central de la nouvelle gauche : elle doit désormais prouver qu’elle connaît encore le pays qu’elle prétend gouverner.
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