Présidentielle : le climat disparaît dès que la chaleur retombe
En France, le climat est devenu un sujet… de météo.
Dès que le mercure dépasse les 35°C, les plateaux télé s’enflamment, les responsables politiques découvrent soudain l’urgence climatique et les réseaux sociaux débordent d’indignation. Puis la pluie revient, les températures chutent, et le réchauffement climatique disparaît aussi vite qu’il est apparu. Comme si la crise climatique se mettait, elle aussi, en veille.
Les deux vagues de chaleur qui ont frappé l’Hexagone en mai et en juin ont pourtant rappelé une évidence : le dérèglement climatique n’est plus une menace lointaine. Il est déjà là. Mais, fidèle à ses habitudes, le débat politique s’est rapidement égaré. Plutôt que de s’interroger sur les moyens de préparer le pays aux décennies qui viennent, une partie de la classe politique a préféré réduire le sujet à une polémique sur la climatisation, présentée par l’extrême droite comme la solution miracle. Une réponse immédiate à un problème durable.
Une fois les températures retombées, le climat est redevenu un sujet secondaire. Jusqu’à la prochaine alerte.
« On voit bien que l’attention portée au climat dépend beaucoup des moments pendant lesquels les impacts du changement climatique se manifestent le plus », observe François Gemenne, spécialiste de la gouvernance du climat. Une phrase qui résume à elle seule l’inconstance du débat public : on ne parle du climat que lorsqu’il devient impossible de l’ignorer.
Face à cette amnésie collective, certains avancent des idées volontairement provocatrices. Théodore Tallent, enseignant en sciences politiques, a ainsi lancé dans Libération une proposition aussi surprenante que révélatrice : organiser la présidentielle en juin, au cœur des fortes chaleurs, afin de forcer les candidats à prendre des engagements écologiques crédibles.
L’idée fait sourire. Pourtant, elle met le doigt sur une réalité dérangeante : l’écologie reste une préoccupation intermittente.
Avant les épisodes caniculaires, l’enquête électorale Ipsos BVA-CESI pour Le Monde et la Fondation Jean-Jaurès plaçait le climat à une modeste 12ᵉ place des préoccupations des Français. Seuls 39 % des électeurs le considéraient comme déterminant dans leur vote. Quelques semaines plus tard, en pleine canicule, une enquête YouGov révélait que plus d’un Français sur deux souhaitait faire du climat un thème majeur de la présidentielle. Comme si le bulletin de vote variait au rythme du thermomètre.
Et si la chaleur dictait enfin l’agenda politique ?
Sur le plan constitutionnel, rien n’interdit une présidentielle estivale. Mais la réalité est bien plus complexe. Il faudrait qu’un président quitte l’Élysée près d’un an avant l’échéance normale de son mandat pour modifier durablement le calendrier.
Surtout, une élection organisée en plein été soulèverait une autre interrogation : comment mobiliser les électeurs au cœur des vacances ? Pour Dorian Dreuil, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, une telle réforme ne serait envisageable qu’à condition de moderniser profondément notre démocratie, notamment en facilitant le vote électronique ou en simplifiant les démarches électorales.
Mais au fond, déplacer la date du scrutin changerait-il réellement les choses ?
Rien n’est moins sûr.
Les campagnes présidentielles débordent déjà de promesses vertes qui s’évaporent une fois les urnes refermées. Emmanuel Macron promettait en 2022 un quinquennat « écologique ou ne sera pas ». Cinq ans plus tard, près de trois Français sur quatre jugent insuffisante son action face au changement climatique.
La question n’est donc pas de savoir quand les candidats parlent d’écologie. La question est de savoir quand ils agissent.
Car le véritable paradoxe français est là : nous traitons la plus grande crise du siècle comme une actualité saisonnière. Tant que les villes surchauffent, chacun réclame des réponses. Dès que les températures redescendent, l’urgence s’évapore.
Le climat, lui, n’attend pas la prochaine canicule pour continuer de changer. Nous, si.
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